La paracha Chela'h Lekha nous dit : « Kalev fit taire le peuple [soulevé] contre Moché et dit : "Nous devrions y monter et en prendre possession, car nous en sommes capables !" » (Bamidbar, 13:30)

Rachi explique, sur les mots « nous devrions monter » : Même si [nous devions aller] vers les Cieux et qu’il nous avait dit : « Fabriquez des échelles et montez-y », nous aurions réussi grâce à ses paroles !

Après les mauvais propos des dix explorateurs sur Erets Israël, Kalev prétendit soutenir leurs arguments. Mais il défendit vigoureusement Moché Rabbénou en rappelant les nombreux miracles accomplis en faveur du peuple.
Puis il déclara avec beaucoup d’assurance que tout ce que Moché, messager de D., leur demanderait de faire était parfaitement possible. Ainsi, malgré les puissantes nations qui résidaient alors en Terre Sainte, le peuple juif pouvait certainement la conquérir.

Rachi explique le discours de Kalev : même si Moché leur dit de fabriquer des échelles pour atteindre les cieux, ils sont en mesure de le faire.

Le rav Moché Feinstein zatsal s’interroge sur les mots employés par Rachi pour interpréter les arguments de Kalev [1]. Que nous ajoute l’image de l’échelle à gravir ? Il aurait été suffisant d’écrire : « S’il avait dit : "Montez jusqu’aux Cieux" ». D’autant plus que l’échelle ne pourrait pas aider à atteindre le ciel !

Cela vient nous enseigner un important principe : quand quelqu’un essaie de s’élever et qu’il fait tout son possible pour réaliser cet objectif, Hachem l’aide à y parvenir [2]. Par contre, si l’on se contente de demander à Hachem de réussir, mais que l’on n’est pas prêt à fournir les efforts nécessaires, les risques d’échouer sont importants.

Rachi ajoute donc l’image de l’échelle, parce qu’elle représente l’effort fourni pour atteindre le ciel, bien que concrètement, elle n’aide pas. De même, quand une personne essaie de faire quelque chose, ses efforts ne peuvent porter aucun fruit sans Siyata DiChemaya (aide Divine).

Pourtant, Hachem lui demande de faire son maximum pour prouver qu’elle désire sincèrement atteindre cet objectif. Et quand elle s’exécute, Hachem la récompense en lui accordant la réussite.

Ce principe s’applique à toutes les mitsvot et les bonnes actions dans le domaine spirituel. À plusieurs reprises, dans la Bible, d’illustres personnages ont compris qu’il fallait faire des efforts pour atteindre des objectifs qui paraissaient inatteignables, et qui furent récompensés et miraculeusement aidés par Hachem.
L’un des exemples les plus marquants est l’histoire de Bitya, la fille de Pharaon, qui retira Moché Rabbénou du Nil.

Nous savons que Bitya tendit sa main pour attraper le bébé qui se trouvait alors bien au-delà de sa portée, et son bras se prolongea miraculeusement, ce qui lui permit de sauver Moché. Peu de gens se demandent pourquoi elle fit cette tentative, apparemment superflue, d’atteindre Moché. Comment pensait-elle pouvoir le prendre alors qu’il était si loin ?! En réalité, elle réalisa qu’elle devait essayer de sauver ce bébé et fit donc tout ce qu’elle était en mesure de faire, bien que d’après les lois de la nature, cet acte était inutile.

Le rav ‘Haïm Chmoulevitz zatsal ajoute que ce n’est que parce qu’elle fournit tant d’efforts pour accomplir cette mitsva, qu’elle vit ce grand miracle et eut l’immense mérite de sauver le futur sauveur du peuple juif [3].

Nombreux sont les grands personnages du Klal Israël qui vécurent selon ce principe. Ils avaient des rêves qui paraissaient irréalistes, mais voulaient faire le maximum de hichtadlout (efforts), car ils savaient qu’ils ne pouvaient rien accomplir sans Siyata DiChemaya. Prenons l’exemple du rav de Poniowitz, le rav Yossef Chelomo Kahaneman zatsal. Il arriva en Erets Israël après l’Holocauste, après avoir presque tout perdu. À la suite de la destruction des grands centres d’étude d’Europe, il vit une colline à Bné Brak et envisagea d’y fonder une grande yéchiva, comprenant des centaines d’étudiants.

Sa vision était alors complètement irréaliste, mais il fournit tous les efforts possibles pour la concrétiser, voyageant inlassablement à travers le monde pour collecter de l’argent pour la yéchiva. Il savait certainement que bédérekh hatéva (de façon naturelle), son rêve était inaccessible, mais grâce à ses efforts, il bénéficia d’une Siyata Dichemaya exceptionnelle, et réussit à fonder la grande yéchiva de Poniowitz.

Puisse-t-il, ainsi que tous les autres instigateurs du peuple juif nous inspirer à grimper, à nous élever sur nos propres échelles et à atteindre les Cieux.



[1] Darach Moché, Parachat Chelakh Lekha, p.118.

[2] À la condition, évidemment, que l’objectif en question soit conforme au Ratson Hachem (volonté Divine).

[3] Si’hot Moussar, maamar 32, p. 135.