« Et maintenant, écrivez pour vous ce cantique, et qu’on l’enseigne aux enfants d’Israël… » [1]

Hazal nous enseignent que le chant mentionné dans ce verset correspond à toute la Thora et que chaque Juif a le devoir d’écrire son propre Séfer Thora. [2] La guemara dans Sanhédrin affirme que même si quelqu’un hérite d’un Séfer Thora d’un ancêtre, il doit en écrire un pour lui-même. [3] Les commentateurs expliquent cette halakha de diverses façons. [4] Le Ktav Sofer zatsal note que cette mitsva nous apprend qu’il ne suffit pas d’observer la Thora par habitude, parce que nos parents nous ont élevé dans l’observance des mitsvot [5], mais que nous devons créer notre propre lien avec Hachem, par une reconnaissance et une appréciation sincère de la Thora. Le fait d’écrire son Séfer Thora et de ne pas se suffire de celui de ses parents montre que l’on cherche à développer son propre dérekh dans la avodat Hachem et de ne pas suivre aveuglément la voie tracée par ses parents.

Le Ktav Sofer ajoute un principe développé par nos Sages concernant la mitsva d’écrire un Séfer Thora. La guemara dans Mena’hot note que celui qui écrit un Séfer Thora pour lui-même est considéré comme ayant reçu et accepté la Thora au mont Sinaï. [6] Le Ktav Sofer précise qu’il existe trois niveaux dans le respect des mitsvot. « Il y a ceux qui agissent par amour, ceux qui les accomplissent par crainte, et ceux qui y ont été habitués et pour qui elles sont devenues une seconde nature. » Il poursuit en arguant que puisqu’une personne qui appartient à la troisième catégorie ne respecterait pas la Thora si ce n’était pas par habitude, il n’aurait logiquement pas voulu l’accepter s’il avait été présent au mont Sinaï ! En revanche, si une personne décide d’écrire son propre Séfer Thora et ne se suffit pas de celui de ses parents, elle montre que son respect de la Thora est un choix et non le simple fruit de son éducation. Ainsi, si elle avait été présente au Har Sinaï, elle aurait accepté la Thora à nouveau et n’aurait pas eu besoin d’être forcée à le faire. C’est pourquoi ‘Hazal affirment que celui qui écrit son propre Séfer Thora est considéré comme ayant lui-même reçu la Thora.

Les enseignements tirés de cette mitsva sont très pertinents durant les Asséret Yémé Techouva (dix Jours de Pénitence). L’un des ingrédients essentiels pour une techouva sincère est le désir d’améliorer notre relation avec Hachem et d’éliminer les avérot qui nuisent à ce lien. Pour ce faire, il est primordial de renforcer sa émouna et de se souvenir de la raison des mitsvot. Tout au long de l’année, on peut essayer d’observer la Thora, mais le risque de tomber dans le piège de l’habitude et de perdre de vue le but de cette observance est important et permanent ! La avoda de Roch Hachana est grandement liée à cette idée. Au cours de cette journée, nous répétons à maintes reprises qu’Hachem est notre Roi et que nous désirons accomplir Sa volonté. Ce travail doit nous aider à nous souvenir que nous respectons les mitsvot pour nous rapprocher d’Hachem et pas seulement parce que nous y avons été habitués depuis notre tendre enfance.

L’explication du Ktav Sofer sur la mitsva d’écrire son propre Séfer Thora nous enseigne une autre leçon fondamentale. Un enfant ne doit pas simplement imiter la avodat Hachem de ses parents, mais il doit forger sa propre et unique relation avec Hachem, en développant ses midot (traits de caractère) et en exploitant au maximum ses talents. Par ailleurs, il nous incombe d’écrire exactement le même Séfer Thora que celui de nos ancêtres, preuve qu’il ne faut pas non plus se montrer trop innovateur… Tous les Juifs sont issus d’une même lignée qui remonte à Avraham Avinou ; nous devons nous conformer aux instructions reçues et aux comportements observés dans notre ascendance. Cela dit, les maillons de la chaîne ne sont pas strictement identiques les uns aux autres – nombreuses sont les façons de maintenir cette tradition.

Ce développement est également très pertinent durant les Yamim Noraïm (Jours Redoutables). Nous ne sommes pas seulement jugés sur notre chemirat hamitsvot (observance des mitsvot), mais aussi sur la réalisation de notre objectif dans la vie. C’est ce que nous disons dans les prières de ces Jours, nous sommes jugés « maassé ich oupekoudato ». « Maassé ich » fait référence à l’accomplissement des mitsvot de la personne. Rav Shraga Feivel Mendelowitz zatsal explique que le terme « oupekoudato » se rapporte au tafkid de la personne (le but de son existence, son rôle). [7] Quand l’homme est jugé à Roch Hachana, on regarde s’il a exploité ses talents au maximum. Il n’est pas suffisant d’imiter le mode de vie de nos ascendants, nous devons nous efforcer de trouver notre propre voie dans la avodat Hachem.

Les Asséret Yémé Techouva sont une période propice à la réflexion sur notre raison d’être et nos ambitions.

Puissions-nous tous mériter de nous défaire de nos habitudes, de revigorer notre avodat Hachem et de réaliser notre plein potentiel.



[1] Parachat Vayélekh, Devarim, 31:19.

[2] L’obligation ou l’exemption des femmes à cette mitsva est sujette à débat chez les décisionnaires.

[3] Sanhédrin, 21 b.

[4] Voir Séfer Ha’Hinoukh et Darké Moussar, parachat Vayélekh.

[5] Ktav Sofer al HaThora, Vayélekh, 31:19.

[6] Mena’hot, 30a.

[7] Propos entendus du rav Issakhar Frand chlita.