« Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance », écrivait Barbara en 1972 dans sa chanson "Perlimpinpin".
Lorsque les sbires de Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, ont tambouriné à la porte de la maison d’Izieu, les rires dans la demeure ont soudain cessé.
Les anges de la mort ce 6 avril, à 8h00 du matin, l'heure où tous les enfants étaient attablés au petit-déjeuner, ont trouvé devant eux 44 visages de l’innocence.
Et ce fut abominable.
La maison d’Izieu fut un radeau dans la tempête qui accueillit, entre 1943 et 1944, une centaine d’enfants juifs, âgés de 4 à 15 ans.
Cette colonie clandestine, dont la localisation avait été choisie pour son isolement dans la campagne de l’Ain, fut organisée et dirigée par Sabine Zlatin et son mari Miron, qui recueillirent des enfants perdus ou orphelins, à majorité originaires d’Europe de l’Est, mais également de France, d'Autriche, d'Allemagne et de Belgique.

Certains, ayant vu leurs parents être déportés, se retrouvèrent seuls au monde, au milieu de la guerre, d’autres furent placés là par leurs parents, qui eux-mêmes durent se cacher.
Dans ce lieu en retrait, perché sur une colline, les enfants étudiaient, faisaient leurs devoirs, écrivaient des lettres à leurs parents, entourés de monitrices dévouées ; ils jouaient, dessinaient, se promenaient dans la campagne environnante et remplissaient la maison de rires et d'espièglerie : tout fut mis en place par les Zlatin pour leur donner la chaleur et l'encadrement d'une vie presque “normale”.

Une colo clandestine
Sabine Zlatin, infirmière juive d’origine polonaise, travaillait pour l’Oeuvre de Secours aux Enfants en France (OSE), et c’est elle qui avait organisé ce lieu de refuge avec son époux.

Elle se trouvait exceptionnellement à Montpellier ce 6 avril 1944, pour obtenir de l’aide car elle envisageait de disperser les enfants, la région d’Izieu n’étant plus assez sûre.
En effet, le département de l'Ain qui était depuis septembre 1943, sous contrôle italien — régime moins hostile aux Juifs — était passé désormais sous celui allemand. Zlatin faisait donc des démarches pour protéger sa colonie au moment où elle reçut le télégramme fatidique lui annonçant la rafle des enfants et du personnel encadrant, dont son mari.
Les enfants furent emmenés à la prison Mont Luc, où ils furent incarcérés pendant deux jours, puis transportés jusqu’à Drancy, pour être ensuite embarqués dans des convois à bestiaux vers Auschwitz.
Dès leur arrivée dans le camp de la mort, ils furent assassinés dans les chambres à gaz — deux des enfants furent envoyés à leur mort dans un autre camp, en Estonie.
Les sept adultes et Miron Zlatin qui encadraient la colonie furent également assassinés.
Léa Feldblum, jeune monitrice, avait de faux papiers et aurait pu échapper aux hommes de Barbie, mais elle dévoila sa véritable identité pour accompagner les enfants, qui étaient sous sa responsabilité, dans le long voyage qui les mènerait à Auschwitz-Birkenau ; déportée avec eux, elle survécut au camp, non sans avoir subi, des expériences médicales.
Sabine Zlatin consacra sa vie à témoigner, à raconter dans les écoles et les établissements publics, ce qui s’était passé, et à faire perdurer le souvenir des enfants de la colonie d’Izieu. Elle témoignera lors du procès Barbie en 1987.

Mais est-ce qu'aujourd'hui, deux générations plus tard, les leçons de l'Histoire ont été tirées ?
La bête antisémite qu'on croyait tenue en laisse, relève la tête dans nos démocraties, et cherche un bouc-émissaire, soi-disant coupable de tous les désordres du monde.
Elle demande la potence pour le troublemaker.






