La Guémara[1] affirme qu’une partie de la Haggada de Pessa'h se trouve dans la Parachat Ki Tavo et parle des Bikourim (premiers fruits) – ce passage commence par les mots « Arami ‘Oved Avi ». Il existe de nombreuses références à la sortie d’Égypte dans la Torah, alors pourquoi faut-il inclure celle-ci en particulier ? De plus, à propos de la Mitsva de raconter la sortie d’Égypte, nous connaissons le principe de « Kol Hamarbé… Méchouba'h – Plus on en parle, plus on est digne de louanges ». Il est toutefois moins connu que le Rambam utilise cette expression deux fois de suite. Il écrit : « C’est une Mitsva positive de la Torah de parler des merveilles et des miracles accomplis pour nos ancêtres en Égypte la nuit du quinze Nissan… Même les grands Sages sont tenus de parler de la sortie d’Égypte et quiconque parle longuement des événements qui se sont produits, cela est louable. »[2]
Puis, quelques Halakhot plus tard, il écrit : « Et l’on doit commencer par le Gnout (mauvais) et finir par le Chéva'h (bon)… Cela signifie qu’il faut réciter les versets de “Arami ‘Oved Avi” et terminer tout le passage. Et quiconque ajoute et explique longuement cette section, cela est louable. »[3]
L’enseignement du Rambam laisse sous-entendre qu’il y a deux façons d’accomplir la Mitsva de raconter la sortie d’Égypte. Pour comprendre l’essence de cette Mitsva, rapportons un passage du Maharal[4]. Ce dernier cite l’enseignement de nos Sages –lorsque nous louons Hachem, il est inapproprié d’être trop effusif. Puisque nous ne pouvons pas rendre justice à Hachem avec nos mots limités, nous nous contentons des louanges et attributs que les Sages formulèrent et insérèrent dans nos prières. Nous pouvons donner deux raisons à cela : premièrement, nous sommes mortels et limités et nous ne pouvons pas reconnaître la véritable grandeur de Hachem. Donc nous ne pouvons pas louer Son essence. Deuxièmement, puisque les qualités et attributs de Hachem sont illimités, toute louange que nous ajoutons ne sert qu’à restreindre Hachem à cet éloge, alors qu’en vérité il n’y a aucune limite à Sa grandeur.
Sur la base de ce développement, pourquoi affirme-t-on que celui qui parle longuement de la sortie d’Égypte est digne de louanges ? Le Maharal explique que le but de notre récit, le soir du Séder n’est pas simplement de louer Hachem, mais plutôt d’exprimer notre gratitude pour tout ce qu’Il fit pour nous lors de cet événement historique. Même si nous ne pouvons jamais vraiment remercier Hachem pour tout ce qu’Il fait pour nous, néanmoins, lorsqu’il s’agit d’exprimer notre gratitude, il n’y a pas de raison de se limiter, au contraire, ce serait faire preuve d’ingratitude. Par conséquent, nous devons faire le maximum d’efforts pour remercier Hachem en détail, même si cela ne sera jamais suffisant. La Haggada nous facilite la tâche avec certains passages tels que « Dayénou » où nous entrons dans les détails des bienfaits accomplis par Hachem lorsqu’Il nous fit sortir d’Égypte.
Après avoir expliqué pourquoi le Rambam encourage une discussion approfondie du passage « Arami ‘Oved Avi », il reste à comprendre l’injonction de parler longuement de la sortie d’Égypte en soi. En quoi cela diffère-t-il de l’avertissement de limiter nos louanges envers Hachem ? Il semble donc que la première partie de la Mitsva de raconter la sortie d’Égypte ne concerne pas non plus la louange de Hachem en soi, alors de quoi s’agit-il ? Cet aspect de la Mitsva consiste à revivre la sortie d’Égypte avec autant de détails que possible, comme si nous y étions. Cela ressemble à une personne racontant un événement spécial de son enfance – plus elle entre dans les détails, plus elle le revit. En ce qui concerne le récit de la sortie d’Égypte, nous ne racontons pas simplement ce qui arriva à nos ancêtres, mais nous essayons de revivre les événements comme s’ils nous étaient arrivés, d’où l’exhortation à nous voir comme si nous avions quitté l’Égypte nous-mêmes. La meilleure façon de le faire est d’en parler aussi longuement que possible, en mentionnant chaque détail. Par exemple, il est bien d’analyser les Midrachim qui passent en revue chaque détail des dix plaies, comme si nous rappelions cet événement mémorable dans les moindres détails.
Ainsi, il existe deux aspects fondamentaux dans la Mitsva de raconter la sortie d’Égypte – celui de revivre les événements comme si nous y étions et celui de développer notre gratitude envers Hachem pour nous avoir libérés.
Puissions-nous tous mériter d’accomplir cette Mitsva de la manière optimale.
[1] Pessa'him 116a.
[2] Michné Torah, Hilkhot 'Hamets Oumatsa, Chap. 7, Halakha 1.
[3] Ibid., Halakha 4.
[4] Guévourat Hachem, chap. 2.






