Se marier aujourd'hui n'a jamais été aussi compliqué. Ils sont nombreux à rêver d’un foyer, mais ils redoutent l’engagement, manquent de repères ou se laissent happer par les modèles vendus par la société moderne. Préparation insuffisante, attentes irréalistes et dérives autour du mariage lui-même, les questions sont nombreuses. Comment construire aujourd’hui un couple solide, vrai, durable ?
À travers plusieurs regards de spécialistes, ce dossier tente d’apporter des réponses concrètes à un défi très actuel.
Union sacrée ou Mission impossible ?
Avec l’apparition moderne des Pactes de (dé)solidarité, de mariages pour tous et autres versions bêta de la vie de couple, le traditionnel mariage, tel que le promeut la Torah, apparaît souvent comme le dernier recours de couples plus vraiment en phase avec leur temps ou franchement amateurs de sports à hauts risques.
Mais derrière cette hésitation 2.0 se cache en filigrane l’interrogation suivante : pourquoi donc se lier de plein gré les pieds et les poings dans une relation probablement vouée à l’échec s’il est possible aujourd’hui de vivre son amour en toute liberté, sans avoir à endosser des contraintes qui auront tôt fait de nous empoisonner la vie ? En d’autres termes : pourquoi endosser le joug lorsqu’on peut appuyer sur “quitter la conversation” au moindre conflit ?
Face à cette désintégration de la cellule familiale, ce pilier pourtant incontournable de la vie juive, les jeunes (et les moins jeunes) sont souvent désemparés, à la recherche de repères à même de garantir leur bonheur au sein du couple.
Alors certes, ils sont nombreux à faire le choix de la facilité, ce chemin court que nos Sages appellent long : celui de sauter tout bonnement la case ‘Houppa pour vivre sans contraintes apparentes une vie maritale qui s’avère bien vite dépourvue de toute garantie sur le long terme, avec toutes les conséquences douloureuses que cela implique. D’autres, plus téméraires, s’engageront vers le dais nuptial, parfois à reculons, forts de l’expérience infructueuse de leurs amis qui les auront mis en garde de ne pas commettre cette "erreur fatale"…
Mais alors, pourquoi la Torah insiste-t-elle tant sur l’impératif de se marier et de fonder un foyer, au point d’en faire le premier commandement de la Torah (Béréchit 1, 28) et de le répéter à plusieurs autres reprises ? Les Rabbanim ne nous répètent-ils pas que D.ieu ne cherche, à travers Ses commandements, que le bonheur le plus pur de l’homme ?
Et si D.ieu, justement, dans Son infinie sagesse, savait que le seul cadre à même de garantir le bonheur et la pérennité d’un couple résidait dans l’engagement commun et l’investissement entier dans la fondation d’un foyer ? Que les alternatives modernes au mariage, si attractives de prime abord, ne renfermaient en réalité qu’amertume et déceptions sur le long terme ? Que le bonheur conjugal ne s’improvisait pas, mais reposait sur la compréhension des attentes et des responsabilités de chacun ?
Dans le présent dossier, nous découvrirons ensemble les approches profondément humaines, à la fois nobles et concrètes de trois spécialistes du mariage chez la jeune génération : Rav David Shoushana, qui accompagne depuis de très nombreuses années les jeunes sur le chemin du mariage ; Chalom Benchetrit, qui forme les jeunes au mariage en s’appuyant sur les enseignements de son père, Rav Yé’hia Benchetrit ; et enfin Mme ‘Hava Sarfaty, Chadkhanit et formatrice de match-makers au sein de l’organisme Kesher.
Car dans une génération en quête de repères, le mariage juif demeure peut-être l’une des plus belles promesses d’avenir.
Elyssia Boukobza
"Le mariage est ce qui fait sortir l’homme de son égoïsme" : Entretien avec Rav David Shoushana
Pourquoi une génération qui rêve d’amour redoute-t-elle autant le mariage ? Entre peur de l’engagement, influence de la société moderne et difficulté à construire un foyer durable, le Rav Shoushana a répondu à nos questions.
Pour mieux comprendre les blocages et les questionnements autour du mariage auxquels sont confrontés de nombreux jeunes aujourd’hui, nous avons interrogé le Rav Shoushana. Ingénieur de formation, ancien rabbin en France, en Espagne et au Portugal pendant près de trente ans, il accompagne depuis des décennies des jeunes couples et des célibataires confrontés aux défis du Chiddoukh et de la vie conjugale.
- Qu’est-ce qui freine aujourd’hui les jeunes par rapport au mariage ?
Aujourd’hui, je vois des jeunes de plus en plus angoissés par rapport au mariage. Ils voient autour d’eux des divorces, ils sont exposés aux valeurs de la société moderne, et tout cela vient brouiller leur perception des choses.
Beaucoup invoquent des excuses : les études, la carrière, le fait de “ne pas être prêt”. Mais très souvent, derrière tout cela, il y a simplement la peur de se marier.
En France, je constate un phénomène très marqué : beaucoup de jeunes sont devenus extrêmement carriéristes. Ils veulent absolument un conjoint du même niveau d’études qu’eux. Ils repoussent donc le mariage jusqu’à la fin des études, parfois jusqu’à la trentaine.
Et cette mentalité influence ensuite toute la construction du couple. Aujourd’hui, on voit des couples avec des comptes bancaires séparés, une sorte de cohabitation plus qu’une véritable union. Comme s’ils préparaient déjà la séparation avant même de commencer leur vie commune.
Et lorsque cela échoue, les conséquences deviennent beaucoup plus lourdes : on divorce à trente ans avec des enfants, ce qui complique énormément les choses.
Il y a aussi un autre problème très fréquent : les parents qui s’immiscent trop dans le choix du conjoint. J’ai vu des situations où cette pression finit par pousser les jeunes à vivre ensemble sans mariage, simplement parce que les familles s’opposaient à leur union.
Aujourd’hui, les gens veulent vivre sans contraintes. Ils veulent jouir de leur liberté. Mais le mariage exige exactement l’inverse : être prêt à partager, à donner, à faire passer l’autre avant soi-même.
En Israël, la problématique est différente. Ici, les gens se marient plus facilement, mais je constate souvent un décalage entre les conjoints au niveau des convictions religieuses ou sociales.
Et puis il y a une particularité des Français en Israël : ils ont beaucoup de mal avec la compartimentation de la société israélienne. Ils ne veulent pas entrer dans une “case”. Mais du coup, comme ils refusent souvent de se définir eux-mêmes, ils peinent à trouver un conjoint qui leur corresponde.
- Le système du Chiddoukh peut-il fonctionner même pour des personnes peu religieuses ?
Bien sûr. À mes yeux, cela n’a même pas forcément de rapport direct avec le niveau religieux.
Si l’on sort complètement de cette démarche, les rencontres deviennent très aléatoires. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes rencontrent quelqu’un simplement dans le cadre du travail, parce qu’ils n’ont pas le temps de chercher ailleurs.
Mais lorsqu’une personne veut réellement se donner toutes les chances de trouver quelqu’un qui corresponde à ses critères, alors le Chiddoukh reste le meilleur moyen.
Le principe du Chiddoukh, c’est simplement de réunir un maximum d’éléments compatibles afin d’augmenter les chances de réussite du couple. On n’impose rien à personne. On essaie simplement de mettre toutes les chances de son côté.
Que répondez-vous à ceux qui disent : “J'ai déjà une copine, je n’ai pas besoin de me marier” ?
L’expérience prouve qu’une “copine” n’est pas forcément notre future femme.
Je me souviens d’un jeune homme que j’accompagnais. Il me racontait régulièrement ses difficultés avec son amie. En parallèle, il avait pris l’habitude de se confier à une autre amie. Finalement, il s’est marié avec cette amie-là !
Les gens pensent souvent qu’ils connaissent une personne parce qu’ils vivent avec elle. Mais sans engagement réel, chacun peut encore jouer un rôle. Très souvent, le vrai visage apparaît après l’engagement, et c’est là que surviennent parfois de grandes surprises. Et contrairement à ce que beaucoup imaginent, vivre ensemble avant le mariage ne donne aucune garantie de réussite. On constate même souvent le contraire.
Mais il y a aussi quelque chose de plus profond. Même quelqu’un qui n’est pas très croyant sait au fond de lui que c’est Hachem qui forme les couples. Lorsque je passe par une démarche de Chiddoukh, je laisse à Hachem la possibilité de me faire rencontrer mon conjoint de manière plus objective. Tandis que lorsque je m’engage émotionnellement sans cadre, je perds souvent cette objectivité. Les sentiments brouillent la perception des choses.
- Que faire pour éviter que l’organisation technique d’un mariage ne vire au cauchemar ?
Nos Sages ont déjà affirmé : “il n’y a pas de Kétouba sans querelle”. Le mariage est le premier commandement de la Torah parce qu’il vient justement s’opposer aux forces négatives qui cherchent à brouiller la perception de l’homme. Lorsqu’un homme et une femme fondent un foyer, le Satan fait tout pour gâcher cette construction. Si je suis croyant, je refuse de jouer son jeu. Je vais faire des concessions. Le jeu en vaut la chandelle !
Nos Sages disent aussi que le meilleur récipient pour contenir la Brakha, c’est le Chalom. Lorsqu’un couple choisit la voie du Chalom, il attire la Brakha dans son foyer. Le mariage, c’est comme apprendre à faire cohabiter l’eau et le feu !
Beaucoup de jeunes disent : “Qu’est-ce que la Torah m’apporte sentimentalement ? Ce ne sont que des contraintes…”
Un homme peut se croire très fort, très indépendant, très accompli. Mais nos Sages affirment qu’un homme sans femme n’est pas un homme. Comment une personne peut-elle espérer atteindre le maximum de son potentiel si elle reste enfermée dans son égoïsme ?
La seule personne capable de faire réellement grandir un homme, c’est sa femme. La femme est un miroir. Elle révèle les qualités de l’homme, mais aussi ce qu’il doit corriger.
C’est dans le cadre du mariage que l’on apprend véritablement à donner. Tant qu’on vit seul, on peut croire qu’on est généreux. Mais le vrai don de soi commence dans la vie de couple.
- Avez-vous été confronté à des situations illustrant cette peur du mariage ?
Oui, énormément. Je me souviens d’une jeune femme qui m’avait appelé en pleurs quelques jours seulement après son mariage. Son mari avait quitté la maison ! Il donnait toutes sortes d’excuses : des problèmes financiers, des doutes sur ses sentiments… Mais après avoir parlé avec lui, j’ai compris que la véritable raison était sa peur du mariage. Il s’était engagé sans mesurer réellement ce que signifiait porter le joug du mariage. Il avait paniqué et avait voulu fuir. Finalement, Baroukh Hachem, après lui avoir longuement parlé, il est revenu auprès de sa femme. Aujourd’hui, ils ont des enfants.
Cette histoire résume très bien ce que je vois aujourd’hui : beaucoup veulent le mariage, mais sans accepter réellement ce qu’il implique.
- Une Ségoula pour le Chalom Bayit ?
Un jour, un homme m’a arrêté dans la rue et m’a demandé si je sonnais du Chofar. Vu que ce n’était pas du tout Roch Hachana, je lui en ai demandé la raison. Il m’a répondu qu’il avait entendu dire qu’il s’agissait d’une Ségoula pour le Chalom Bayit ! Je lui ai conseillé d’aller plutôt consulter un Rav ou un conseiller conjugal religieux. Mais ça ne l’intéressait pas outre mesure. C’était une Ségoula qu’il voulait. Quelque temps plus tard, j’ai appris que ce couple avait finalement divorcé.
Aujourd’hui, les gens cherchent des raccourcis. Nos Sages disent que l’homme est né pour l’effort. Or notre génération ne veut plus fournir d’efforts ! Je me souviens que Rav Ezra’hi m’avait confié un jour : “Je ne donne jamais de Brakha pour le Chalom Bayit, parce que les gens penseront qu'ils sont dispensés de fournir des efforts.”
C’est exactement ce que l’on voit aujourd’hui. Celui qui baisse les bras ne peut pas avancer. Le mariage demande du travail, des concessions et des efforts constants. Mais c’est précisément cet investissement qui permet de construire quelque chose de solide et de durable.
“Ils pensent déjà tout connaître du couple…” : Entretien avec Chalom Benchetrit
Après plusieurs années de fréquentation sans mariage, beaucoup de jeunes hommes ont le sentiment de déjà maîtriser la vie à deux. Pourtant, le mariage leur réserve souvent des découvertes, des responsabilités et des défis qu’ils n’avaient jamais imaginés.
Pour Chalom Benchetrit, c’est précisément pour cela que les cours de préparation au mariage restent indispensables.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes arrivent au mariage avec l’impression d’être déjà prêts. Ils ont parfois vécu en couple, connaissent déjà leur futur conjoint depuis plusieurs années et pensent donc ne plus avoir grand-chose à apprendre. Résultat : on prépare énormément la soirée du mariage… mais beaucoup moins la vie de couple qui commence ensuite ! Pourtant, construire un foyer demande bien plus que de l’alchimie, cela exige de la connaissance et des outils pour bâtir sur des bases solides.
C’est précisément là qu’intervient Chalom Benchetrit. Fils du Rav Yé’hia Benchetrit, il accompagne depuis plusieurs années de jeunes futurs mariés à travers des cours de préparation au mariage. Marié et père de famille à Jérusalem, il travaille principalement avec des jeunes traditionnalistes souvent rebutés par les cadres religieux classiques, auxquels il tente de transmettre une approche authentique et exigeante du couple.
- Beaucoup de jeunes pensent surtout au jour du mariage. Prépare-t-on aujourd’hui suffisamment à la vie qui commence après la fête ?
Malheureusement, pas du tout. Aujourd’hui, même des jeunes religieux peuvent faire cette erreur. Ils pensent au costume, au photographe, à l’organisation de la soirée… Certains vont même jusqu’à annuler des cours de préparation au mariage pour régler des détails secondaires liés au mariage, en se disant qu’ils les rattraperont plus tard. Pourquoi ? Parce qu’ils ont l’impression qu’ils savent déjà.
Et lorsqu’ils ne sont pas religieux, c’est encore plus fort, parce qu’ils vivent souvent déjà avec leur conjoint. Ils pensent donc tout connaître de la vie de couple. Mais ils doivent comprendre une chose fondamentale : lorsqu’on vit dans une relation interdite par la Torah, le Yétser Hara’ aide justement le couple à tenir. Il brouille la perception des choses. Ce n’est souvent que dans le cadre de la vraie vie après le mariage, une fois que la Mitsva nous incombe de fonder un foyer, que le Yétser Hara’ retourne sa veste, s’en mêle et que les difficultés font surface.
- Pourquoi la Torah considère-t-elle le mariage comme une étape incontournable ?
La majorité des problèmes de couple découlent de problèmes personnels présents à la base. C’est pour cela que, dans mes cours, je mets énormément l’accent sur le fait qu’une personne doit d’abord apprendre à se connaître et à être équilibrée. Ce n’est que sur cette base qu’on peut réellement construire un couple.
Mon rôle est d’aider les jeunes à acquérir une véritable joie dans l’application de leurs responsabilités en tant que piliers du foyer. L’homme constitue les fondations de sa maison. Comme le dit très bien mon père : “Le père est un repère.” Et pour s’épanouir dans son foyer, il faut prendre connaissance qu’il existe plusieurs piliers fondamentaux. Le premier, c’est la vérité, c’est-à-dire la cohérence avec soi-même et avec le conjoint, clarifier qui je suis réellement, comprendre mes tendances profondes et mes mécanismes intérieurs. Ensuite vient la joie : développer une joie véritable. Puis le respect : apprendre à me respecter et respecter réellement la volonté de l’autre. Après cela, vient le dialogue : instaurer une vraie communication, et non un débat permanent où chacun cherche à avoir raison. Ensuite la bonté : apprendre à être dans le don. Et enfin la gratitude : développer une reconnaissance sincère envers l’autre pour tout ce qu’il nous apporte. Tous ces fondements sont inculqués lors des cours de préparation, aux côtés évidemment des lois de pureté familiale.
- Quel est le moment idéal pour suivre ces cours ?
En théorie, le moment idéal aurait presque été juste après le mariage. Parce qu’acquérir uniquement de la théorie sans pouvoir l’appliquer concrètement au quotidien est très difficile. Mais dans la pratique, ce n’est pas réaliste. Juste après le mariage, les gens commencent leur vraie vie, avec de nouvelles responsabilités, une nouvelle organisation… C’est donc pour cela qu’on fait les cours avant le mariage : au moins pour transmettre la connaissance. Ensuite, il faudra apprendre à l’appliquer réellement dans la vie quotidienne.
C’est précisément la définition de la maturité, c’est-à-dire la capacité à vivre sa connaissance en pleine conscience et selon sa volonté.
Mais en réalité, il n’est jamais trop tard pour apprendre et mieux vaut tard que jamais !
- Qu’est-ce qui fait la différence entre un couple épanoui et un autre en difficulté ?
La conscience et la connaissance. Concrètement, je vois souvent la différence entre des gens qui ont reçu une vraie préparation au mariage et ceux qui ne l’ont pas reçue. Très souvent, les couples qui ont besoin de cours de Chalom Bayit après le mariage sont souvent ceux qui n’avaient pas fait de préparation avant. Or beaucoup des outils qu’ils recherchent après le mariage auraient pu être transmis bien avant.
- Si un garçon suit des cours de préparation mais pas la fille, cela peut-il fonctionner ?
Cela ne fonctionne pas dans un seul sens. Une formation composée principalement de lois à appliquer, avec très peu d’éthique et de pensée juive, cela ne suffit pas. J’observe souvent les dégâts lorsqu’il n’y a pas de véritable connaissance sur le rôle d’une femme au sein de son foyer. Une bonne vision de la vie n’est pas quelque chose qu’on impose. C’est quelque chose qui se construit, qui se travaille, qui s’intègre progressivement dans la personne, la maison et le couple.
- Avez-vous un exemple concret ?
Un jour, une fille en couple depuis deux ou trois ans et qui était sur le point de se marier m’a contacté. Elle venait d’apprendre que son fiancé avait passé une soirée pas très recommandable avec ses copains. Elle se sentait complètement trahie et commençait même à remettre en question tout le mariage.
Je lui ai alors expliqué qu’elle était elle-même dans une forme d’incohérence. Cela faisait des années qu’ils sortaient ensemble sans respecter les limites fixées par la Halakha, puis soudain elle voulait exiger de lui un comportement parfaitement religieux.
Mais il n’y a pas de miracle. Rien n’est gratuit ! Si un couple veut du respect mutuel, alors ils doivent chacun devenir des personnes respectables et ce, par exemple par le biais de la formation prémaritale. Baroukh Hachem, après un long travail en partenariat avec une Madrikhat Kalla, ils ont chacun pris conscience de leur rôle, se sont renforcés et vivent heureux aujourd’hui.
Les dix commandements pour une rencontre dont vous sortirez gagnant(e)
Voici les astuces essentielles à garder sous la main pour optimiser la rencontre qui vous conduira vers l’accomplissement de votre Mazal. Après avoir pris connaissance de ces quelques précieux conseils, vous ne pourrez plus jamais dire qu’on ne vous avait pas prévenus !
Hava est mariée depuis fort longtemps, elle est prof de philo et psychanalyste, mère et même de nombreuses fois grand-mère. Depuis bientôt dix ans, elle se consacre au projet de faire bouger les conditions du Chiddoukh et tout ce qui entoure l’idée de rencontre en vue de mariage, quelle que soit la modalité en vigueur. Elle forme des match-makers et anime le réseau Kesher déjà connu de nombreux d’entre vous : une équipe de Chadkhanim et de Chadkhaniot bénévoles, passionnés et dévoués (et surtout débordés !). Kesher a pour vocation de venir en aide à tous ceux qui cherchent leur âme sœur, quels que soient leur âge, leur situation et leur niveau religieux.
Riche de sa longue expérience et de l’intelligence collective propre au travail en équipe, elle vous livre les astuces essentielles à garder sous la main pour optimiser la rencontre qui vous conduira vers l’accomplissement de votre Mazal.
Après avoir pris connaissance de ces quelques précieux conseils, vous ne pourrez plus jamais dire qu’on ne vous avait pas prévenus !
- Rencontrez quelqu’un d’unique qui ne sera en aucun cas interchangeable
On ne choisit pas un partenaire pour la vie comme on embauche quelqu'un pour ses capacités à accomplir quelques tâches précises, ni pour ses performances avérées. Avant d’être une liste de qualités (et de quelques défauts, parce qu’il en faut), cette personne est à envisager comme un tout, dont les composantes fonctionnent ensemble, et de manière indissociable. S’imaginer pouvoir faire des "retouches" ou faire un copier-coller de ce qui vous a plu sur une personne, n’existe que dans notre imagination !
- Mettez-vous face à vos attentes mais aussi face à vos limites
Chaque rendez-vous est l’occasion de gagner en objectivité sur les atouts et les limites de votre personnalité. Livrez quelque chose de vous-même, qui vous est propre et réellement personnel, en oubliant les discours tout faits des lettres de motivation générées par ChatGPT. Il ne s’agit pas de se vendre, mais d’entrer en relation avec l’autre. Sa façon de réagir et de vous percevoir est le meilleur renseignement que vous puissiez obtenir sur lui, comme sur vous-même !
- Entrez dans la discussion, avec enthousiasme et prudence
Nous sommes ce que nous aimons. Racontez ce qui vous plaît dans la vie, ce qui vous fait vibrer chaque jour. Expliquez ce qui vous intéresse, partagez vos rêves et vos projets, mais ne parlez pas seul : mesurez votre pertinence en ne perdant jamais de vue l’intérêt que l’autre porte à vos propos. Ne vous vantez pas, ne vous précipitez pas pour poser toutes vos cartes sur la table, donnez la meilleure version de vous-même mais sans qualifier ce que vous faites de "génial" et de "passionnant".
Gardez à l’esprit qu’au-delà des informations échangées, vous êtes surtout venu faire connaissance avec la façon dont vous pouvez entrer en relation avec l’autre. Vous êtes venus prendre la mesure d’un degré de complicité, du sentiment d’être compris, et de l’envie que vous avez de vous rapprocher de la personne que vous avez en face.
- Parlons de vos défauts, parce qu’il le faut
Quels sont vos principaux défauts ? Ne dites jamais ce qui est désormais banni de tous les entretiens d'embauche : je suis perfectionniste et je ne sais pas dire non. Être perfectionniste n'est officiellement pas un défaut et masquer ses limites en faisant semblant de s’accuser, cache très mal votre orgueil ou votre manque de confiance à vous envisager de façon lucide et responsable. Apprenez plutôt à être honnête sans vous dégrader pour autant : je fais subir aux autres ce que j’imagine être du perfectionnisme, parce que je suis impatient et intolérant face aux erreurs. Idem pour tous les « Je ne sais pas dire non » et autres formules du genre. Votre lucidité vous honore ; votre honnêteté vous fait grandir aux yeux de l’autre, parce qu’elle installe de la confiance et parce que cette confiance vous oblige.
- Apprenez à être critique, mais de la meilleure manière
Méfiez-vous de quelqu'un qui n'a que des qualités, qui ne parle jamais de ses failles. Les hommes et les femmes qui ignorent leurs propres limites sont à fuir, ils sont les pires partenaires de la vie à deux. Pour rappel, ce n'est pas l'amour qui nous permet de tolérer les manques de notre partenaire, bien au contraire, plus on aime, plus on est en attente. Ce qui nous oblige à supporter l’autre, c'est la conscience de nos propres défauts.
- Peut-on parler de tout ? Surtout pas !
La liste des "ex", les déceptions de votre histoire sentimentale, les indélicatesses subies lors des rencontres précédentes ou la façon dont on s'est fait quitter, sont à proscrire et sont littéralement interdites lors d’un premier rendez-vous ! Ce n'est ni le moment de présenter votre tableau de chasse en racontant toutes vos conquêtes (qui n’ont pas abouti, on se demande pourquoi), ni de vous poser en victime de ceux qui vous ont blessé(e). Ces discussions sur votre passé sont des pièges. Elles favorisent une connivence qui semble immédiate ("nous nous sommes trop bien compris !") mais il s’agit en réalité d’une fausse complicité, fondée sur la curiosité facile que suscitent les détails croustillants. Vous aurez le sentiment d'avoir été intéressant, mais ce n'est qu'un feu de paille. Tout ce que vous aurez confié trop tôt sera retourné contre vous.
- Ce que l’on réserve pour "plus tard"
Il y a un certain nombre de choses qui semblent être posées comme des divergences avant la rencontre. Il sera tout à fait judicieux d’attendre d’avoir posé des bases communes aux échanges (ou au moins le second rendez-vous) pour faire le point sur ces sujets, même s’ils vous semblent très importants. "Il ne veut pas faire sa ‘Alyiah", ou encore "elle ne veut pas se couvrir la tête" attendra de savoir si la personne nous intéresse de par ailleurs pour être discuté. La différence anime la discussion de ceux qui n’ont rien d’autre à se dire, mais elle fixe aussi le filtre (critique) à travers lequel tout sera perçu. Créez du lien d'abord ; les différences se discutent à partir d'un minimum d'affinités déjà établies.
- Les trois niveaux d'une discussion qui fait avancer la relation
Il y a ce que l'on raconte, comme la formation, la famille, les vacances et l’activité professionnelle. Il s’agit du descriptif, voire, de l’anecdotique. C’est généralement votre façon de vous présenter, quel que soit l’interlocuteur, et celui qui est en date en face de vous, le ressent ; et il est là pour autre chose. Même s’ils remplissent les vides, ces échanges doivent être courts et ne pas s’installer comme un mode relationnel, car ils prendraient la place de ce qui est à venir, en vous laissant dans la friend zone.
Si on est capable de sortir de l’anecdote, alors on peut commencer à échanger sur ce que l'on pense, la façon dont on analyse, dont on élabore une réflexion sur les faits et sur les événements qui ont marqué notre vie. Ce n’est pas ce qu’on raconte sur notre parcours qui est important, quelqu’un d’autre pourrait le faire à notre place. Ce que nous avons compris de ces étapes révèle notre capacité à intégrer notre vécu, notre niveau de conscience face à ce qui nous arrive. La profondeur est ce qui donne un goût unique à une personne, c’est ce qui fait que nous nous attacherons à elle, et pas à une autre.
Et puis, progressivement, et c'est ce qui permet à la relation de "décoller" pour faire place au feeling, il y a l’expression verbale et non verbale de ce que l'on ressent. On vibre avec une personne que l’on apprend à aimer, parce qu’on s’intéresse à elle parfois plus qu’à nous-mêmes, et qu’on a touché ce à quoi elle est sensible. Pour le dire (très) vite, on peut considérer que l’on aime la personne, quand on ne cherche plus à distinguer le fait d’aimer et d’être aimé, parce que ce sont désormais les deux faces de la même pièce.
- Entre deux rendez-vous : appels, messages, visio et autres moyens de communication
Privilégiez les rendez-vous de visu aussi longtemps qu'un véritable attachement ne s'est pas enclenché. Si vous investissez trop vite la relation à distance, la réalité s’en trouvera distendue, voire faussée. Quand vous avez envie de téléphoner, appelez pour dire quelque chose de précis, de concret, ne laissez pas les discussions vides et redondantes installer l’ennui entre vous.
Écrivez des messages régulièrement, ne faites pas attendre votre réponse si c’est l’autre qui a pris l’initiative de l’échange. Rédigez de façon concise, précise, des choses pensées et ressenties, qui donneront de la consistance au lien. Pour rappel, lors d’une rencontre en vue de mariage, tout ce qui ne fait pas avancer la relation, fait de la place à ce qui la creuse, la vide de ses contenus, et la prive de ce qui produit du sens, de la joie, et de l’envie de grandir.
- Des doutes à la décision finale
Il n'y a pas de décision sans doute. Choisir est toujours douloureux, parce que cela implique le sacrifice de tout ce qu'on ne choisira pas. Le doute fait partie intégrante de la décision ; sans lui, il n'y aurait rien à choisir.
Si vous avez besoin de parler ou de conseils, adressez-vous à une personne déjà mariée, qui est bien dans sa vie, en qui vous avez confiance : quelqu'un capable de vous parler des moindres détails de votre apparence comme de la mesure à donner aux compromis nécessaires à toute décision. Qu’elle soit proche ou professionnelle, cette personne doit surtout être en mesure de vous critiquer comme de vous soutenir. Sinon, ce n'est pas la bonne personne. Et au bout de ces discussions, tous les meilleurs conseillers du monde ne devront jamais vous forcer, ni encore moins décider à votre place. Cela va sans dire, mais c’est pourtant ce qu’il se passe encore beaucoup trop souvent.
Le cœur a ses raisons qui ne sont connues que de vous-même. Ce n'est ni votre père, ni votre mère, ni votre meilleure amie, ni même votre raison qui aura le dernier mot. En toutes circonstances, votre cœur saura discerner qu’au-delà de toutes "les cases", qui sont cochées (ou pas !), vous avez rencontré une personne unique à vos yeux. Personne n’aura besoin de vous pousser à vous engager : l’envie d’écouter ce que votre cœur confirme au bout de ce cheminement, pèsera autant dans la balance que toute la rationalité qui soutient la valeur de votre engagement.
C'est ce que je vous souhaite, de tout mon cœur.
Hava Sarfaty




