Rabbi Haïm Ben Diwan demeure l'une des figures les plus énigmatiques du panthéon des saints juifs marocains. Fils du célèbre Rabbi Amram Ben Diwan, l'un des Tsadikim les plus vénérés du Maroc, enterré à Asjen près d'Ouezzane, Rabbi Haïm a longtemps vécu dans l'ombre de la renommée paternelle. Pourtant, son sanctuaire de Ouirgane, niché dans les montagnes du Haut Atlas près de Marrakech, attire encore aujourd'hui des milliers de pèlerins lors de la fête de Lag Ba'omer.

Les missions au Maroc : un père et son fils

Selon la tradition, Rabbi Amram Ben Diwan était un émissaire rabbinique venu d'Hébron au XVIIIe siècle. Il arriva au Maroc accompagné de son fils Haïm, établissant d'abord leur résidence à Fès. Leur mission était double : collecter des fonds pour les institutions religieuses et les académies (Yéchivot) de Terre Sainte, et diffuser l'enseignement de la Torah auprès des communautés juives marocaines.

Les deux effectuèrent ensemble au moins deux voyages au Maroc, parcourant l'empire chérifien de communauté en communauté. Leur dévouement et leur piété leur valurent rapidement le respect et l'admiration des Juifs marocains.

Le sacrifice paternel : une vie pour une vie

Un événement dramatique marqua profondément l'histoire familiale. Rabbi Haïm tomba gravement malade, et sa vie se trouvait en danger. Face à l'agonie de son fils bien-aimé, Rabbi Amram éleva une prière extraordinaire vers les Cieux : il offrit sa propre vie en échange de celle de son fils. Le miracle se produisit – Rabbi Haïm se rétablit miraculeusement.

Peu de temps après cette guérison providentielle, Rabbi Amram se rendit à Ouezzane pour y collecter des fonds destinés aux institutions religieuses d'Hébron. C'est là qu'il tomba malade à son tour. Il mourut et fut enterré dans le cimetière voisin d'Asjen, qui devint par la suite l'un des sites de pèlerinage les plus importants pour les Juifs de tout le Maroc. Curieusement, aucun monument ne marque sa tombe – seulement un cairn de pierres. La tradition rapporte que toutes les tentatives d'ériger un monument ont échoué, comme si le saint lui-même refusait cette distinction.

La Hiloula de Rabbi Amram, célébrée lors de Lag Ba'omer, attire encore des foules immenses. Un gigantesque feu de joie est allumé directement sur le tas de pierres marquant la tombe, et les fidèles, emportés par l'enthousiasme religieux, sautent parfois à travers les flammes. Des guérisons miraculeuses auraient eu lieu pendant ces célébrations. Fait remarquable : même les musulmans de la région invoquent parfois l'aide du saint juif pour guérir des maladies ou des problèmes de fertilité.

La mission solitaire dans le Haut Atlas

Des années après la mort de son père, Rabbi Haïm Ben Diwan décida de poursuivre la mission familiale. Il se dirigea vers le sud du Maroc, dans les montagnes escarpées du Haut Atlas, accompagné de trois disciples fidèles. Son objectif était de continuer à collecter des fonds pour les Yéchivot et à enseigner la Torah aux communautés juives isolées de ces régions reculées.

C'est ainsi qu'il arriva, vers le XVIIIe siècle, dans la région de Ouirgane, dans le cercle d'Asni, près de Marrakech, plus précisément dans le village d'Anrhaz (également appelé Anhraz ou Enraze), situé près de la confluence de l'Oued Wirgane avec l'Oued N'Fis. Sa présence en ce lieu atteste de l'existence d'une population juive relativement nombreuse à l'époque, dont les traces visibles se limitent aujourd'hui au vieux cimetière proche du sanctuaire.

Une mort mystérieuse : la légende de la grotte

Les circonstances de la mort de Rabbi Haïm Ben Diwan sont enveloppées de mystère. La légende, telle que rapportée par la plateforme Diarna, raconte qu'alors qu'il voyageait dans le sud pour poursuivre la mission de son père, il fut suivi par des inconnus venus des montagnes qui voulaient le tuer. Les raisons de cette hostilité restent obscures, perdues dans les brumes du temps.

Ce qui est raconté, c'est que pour échapper à ses poursuivants, Rabbi Haïm se réfugia dans une grotte. Sa stratégie d'évitement réussit peut-être trop bien. Non seulement ses ennemis ne le trouvèrent pas, mais personne ne le trouva jamais. Le saint disparut mystérieusement, comme avalé par la montagne elle-même.

Cette disparition énigmatique ajoute une dimension supplémentaire au caractère mystique du personnage. Certains croient qu'il mourut dans cette grotte, d'autres pensent qu'il fut miraculeusement transporté ailleurs. Le mystère demeure entier.

Le sanctuaire aux 3 tombes

Ce qui rend le site de Ouirgane encore plus énigmatique, c'est qu'il abrite trois tombes distinctes dans le sanctuaire principal, laissant planer le doute sur le lieu exact d'inhumation de Rabbi Haïm Ben Diwan. Cette incertitude convient parfaitement aux circonstances mystérieuses de sa mort.

Deux des tombes portent des marques qui semblent identifier leurs occupants comme étant les disciples de Rabbi Haïm, ceux qui l'accompagnaient dans sa mission dans le Haut Atlas. La troisième tombe serait donc, par déduction, celle du Tsadik lui-même.

Dans une pièce de petites dimensions, blanchie à la chaux, ces trois tombes se dressent au centre. Celle du Tsadik est la plus haute, la plus grande. Elle a été reconstruite en ciment, et au-dessus a été placée une mince dalle de marbre blanc avec une inscription en grosses lettres noires.

Les miracles qui forgèrent la légende

L'histoire de Rabbi Haïm Ben Diwan est tissée de prodiges qui témoignent de sa sainteté et qui établirent sa réputation de thaumaturge puissant.

Le tombeau qui se reconstruit

Le premier et peut-être le plus impressionnant de ces miracles concerne la tombe elle-même. À l'origine, le tombeau avait été placé près du village berbère d'Anrhaz. Les habitants musulmans, ne reconnaissant pas la sainteté du lieu, décidèrent un jour de démolir la tombe et jetèrent les pierres dans le bas du ravin.

Le lendemain matin, ils découvrirent avec stupéfaction que le tombeau avait été miraculeusement reconstruit pendant la nuit et avait repris exactement la place qu'il occupait la veille. Impressionnés et effrayés par cette manifestation de puissance divine, les villageois cessèrent immédiatement leurs actes sacrilèges. Bien plus, ils se mirent eux aussi à vénérer le saint sous le nom de Moul Enraze (ou Moul Anrhaz), d'après le nom même de leur village.

Cette reconnaissance mutuelle entre Juifs et musulmans de la sainteté de Rabbi Haïm illustre parfaitement la spiritualité syncrétique qui caractérisait le Maroc traditionnel. Depuis lors, les musulmans de la région font également leurs dévotions au sanctuaire.

La terre qui s'ouvre d'elle-même

Un autre miracle rapporté affirme que la terre se serait ouverte d'elle-même pour accueillir la dépouille du saint. Cette tradition évoque l'idée que même les éléments naturels reconnurent la sainteté de Rabbi Haïm et se plièrent à sa volonté posthume.

Les rochers protecteurs

La tradition relate également que des rochers se détachent miraculeusement de la montagne pour couvrir la tombe du saint et la protéger des profanations. Cette protection naturelle venue d'en haut symbolise la garde divine dont bénéficie le Tsadik même après sa mort.

La pierre tumulaire indestructible

Un miracle répété concerne la pierre tumulaire elle-même. Autrefois, les musulmans enlevèrent à plusieurs reprises cette pierre et la jetèrent dans l'oued (la rivière). Chaque fois, elle revenait miraculeusement à sa place. Face à ces prodiges répétés, les villageois abandonnèrent leurs tentatives et reconnurent définitivement la puissance du saint.

Un sanctuaire pour les déshérités

Depuis ces événements miraculeux, le sanctuaire de Rabbi Haïm Ben Diwan est devenu un lieu de refuge et d'espoir pour tous ceux qui souffrent. Déshérités, malades, infirmes, femmes sans enfants – tous convergent vers ce lieu saint niché dans les montagnes.

"Tous ceux qui ont foi en Rabbi Haïm trouvent auprès de lui aide et protection, le soulagement de leurs misères et l'accomplissement de leurs vœux les plus chers."

Les miracles attribués à Rabbi Haïm se comptent par milliers. On les connaît, on les admire, on se les répète, et la liste s'allonge d'année en année. "Bienheureux ceux qui croient en lui", nous a expliqué un des plus grands connaisseurs du Tsadik, avec une émotion palpable.

 

Les pèlerinages annuels

Chaque année, durant la fête de Lag Ba'omer – la même fête qui voit des milliers de fidèles affluer vers la tombe de son père Rabbi Amram à Ouezzane – les Juifs du Maroc et ceux venus de l'étranger se dirigent vers Ouirgane pour visiter la tombe de Rabbi Haïm Ben Diwan.

Des fidèles viennent en grand nombre du monde entier pour participer à la Hiloula. Un nombre impressionnant de bêtes y sont sacrifiées à chaque célébration, témoignant de la ferveur et de la dévotion des pèlerins. L'atmosphère est empreinte de spiritualité intense, de chants, de prières et de témoignages de miracles.

Les Juifs qui visitent les lieux profitent de l'occasion pour se recueillir non seulement sur la tombe de Rabbi Haïm, mais aussi sur celles de ses disciples et des deux autres saints enterrés dans le complexe. Cette concentration de sainteté fait du site de Ouirgane un centre spirituel d'une importance considérable.

 

Un héritage qui perdure

Contrairement à certains tombeaux qui ont sombré dans l'oubli avec le départ des communautés juives du Maroc, celui de Rabbi Haïm Ben Diwan continue de vivre. Les améliorations apportées au site – la construction de la synagogue, l'aménagement des chambres pour pèlerins, la route d'accès – témoignent d'un investissement continu dans la préservation de ce patrimoine spirituel.

Chaque année, la Hiloula réunit des personnes de tous horizons : des Juifs marocains revenus d'Israël ou d'ailleurs pour se reconnecter avec leurs racines, des touristes curieux de découvrir ce patrimoine unique, et même des musulmans locaux qui continuent de vénérer Moul Enraze selon leurs propres traditions.

 

Comme son père Rabbi Amram avant lui, Rabbi Haïm Ben Diwan sacrifia sa vie à sa mission. Et comme son père, il continue de veiller sur ceux qui croient en lui, depuis sa tombe miraculeuse que même la montagne protège.


Que le mérite du Tsadik Rabbi Haïm Ben Diwan et de tous les saints enterrés à Ouirgane nous protège tous. Amen