Question : « Je ressens parfois un véritablement besoin d’opérer un changement dans ma vie, mais j’ai beaucoup de difficultés face à mon entourage et au milieu dans lequel je vis. Cette situation dure depuis longtemps, et je ressens de plus en plus que ce changement est indispensable, mais je ne cesse de me demander « que vont dire les autres ? ». J’ai peur de la manière dont mon entourage réagira… »
Réponse du Rav Boyer :
Dans la Paracha de Pin’has, nous lisons l’épisode de Pin’has, qui accomplit un acte de zèle. Par la suite, Hachem déclara : « Pin’has, fils d’Élazar, fils d’Aharon le Cohen, a détourné Ma colère de dessus les enfants d’Israël, en se montrant zélé pour Ma cause au milieu d’eux… C’est pourquoi, annonce-lui que Je lui accorde Mon alliance de paix. Elle sera, pour lui et pour sa descendance après lui, une alliance de prêtrise éternelle, etc. »
À première vue, nous comprenons que Pin’has reçut une alliance de prêtrise éternelle en récompense, mesure pour mesure, de l’acte de zèle qu’il avait accompli. Mais une question se pose : quel rapport la paix a-t-elle avec cet épisode ? Quelle mesure pour mesure y a-t-il ici ? En réalité, voici l’explication.
Le Midrach rapporte que lorsque Pin’has s’apprêta à accomplir cet acte, il se trouva face à une difficulté considérable. D’un côté, il comprenait, au plus profond de lui-même, que telle était la volonté d’Hachem, et que c’était ce qu’il devait faire à ce moment précis. Mais d’un autre côté, il se trouvait face à une situation de « qu’en dira-t-on » : Qui es-tu donc ? De quel droit te permets-tu d’accomplir un tel acte ?
Comme Rachi le rapporte, certains le méprisaient également en raison de son ascendance liée à Yitro : « Les tribus le dénigraient en disant : “Avez-vous vu ce fils de Pouti, dont le grand-père maternel engraissait des veaux pour l’idolâtrie, et qui a tué un prince d’une tribu d’Israël ?” » Le Midrach rapporte encore que Pin’has dut aussi affronter la crainte que les membres de la tribu de Chim’on ne le tuent. En réalité, Pin’has avait de nombreuses raisons de se dérober et de ne pas accomplir cet acte de zèle. Certes, c’était ce qu’il devait faire, mais malheureusement, de nombreux obstacles extérieurs se dressaient devant lui. Pourtant, au moment décisif, Pin’has choisit d’ignorer tous ces calculs et toutes ces considérations qui auraient pu l’arrêter. Il se renforça et décida d’accomplir l’unique action qui correspondait à la volonté d’Hachem.
Lorsque l’on retire la lettre Vav du mot Chalom — paix —, on obtient le mot Chalem — entier, complet. La lettre Vav symbolise, dans le judaïsme, l’attribut de vérité, comme il est écrit : « Tu donneras la vérité à Ya’akov », et encore : « Je Me souviendrai de Mon alliance avec Ya’akov », où le nom Ya’akov est écrit en graphie pleine, avec un Vav. Ainsi, lorsque Pin’has accomplit son acte de zèle à partir de sa vérité intérieure, il devint Chalem, entier. C’est pourquoi Hachem lui donna une alliance de paix, une Brit Chalom.
À présent, réfléchissons à la définition d’un homme entier. Chaque être humain porte en lui des désirs qui émanent de l’âme, et des désirs qui émanent du Néfech. Le Néfech est lié au corps et à l’environnement. Il est rempli de calculs et amène l’homme à un état de manque. À l’inverse, l’âme conduit l’homme à être entier avec Hachem. Un homme qui est en paix avec les aspirations de son âme est un homme en accord avec la volonté d’Hachem. Avraham Avinou dit aux enfants de ‘Heth : « Si tel est votre Néfech », et Rachi explique : « votre volonté ». Les désirs du Néfech font que l’homme n’est pas entier, ni avec lui-même ni avec Hachem. Le désir de se compléter à travers le regard de l’entourage, de plaire à tout le monde et de satisfaire toutes leurs attentes, finit par le rendre incomplet. Un homme entier est un homme qui va jusqu’au bout de son attribut de vérité, et qui n’accomplit que les volontés de son âme.
C’est exactement ce que fit Pin’has. Il ignora son environnement et accomplit uniquement ce que son âme lui disait de faire. Au moment où il écouta son âme et suivit l’attribut de vérité, le Chalem — l’homme entier — devint Chalom — paix. C’est ce qu’Hachem déclara : « Voici que Je lui donne Mon alliance de paix, à lui et à sa descendance après lui. » Les actes accomplis par des hommes entiers continuent de porter leurs fruits après eux, de génération en génération.
De là, chacun apprendra que la crainte de la réaction de l’entourage et le désir de plaire aux autres peuvent l’empêcher d’accomplir l’action juste. Cela peut le conduire à un état de manque. En conséquence, il pourra ressentir une frustration profonde, avec le sentiment de ne vivre que pour son entourage, tandis qu’au fond de lui demeurera constamment une impression de vide. Pin’has nous enseigne à être toujours authentiques, à nous relier à notre âme et à l’écouter. Comme le dit le plus sage des hommes : « Prête l’oreille à la sagesse, incline ton cœur vers l’intelligence » (Michlé 2, 2)
C’est là que se trouve l’âme de l’homme : dans la capacité d’être vrai et d’accomplir ce qui doit être accompli. Alors l’homme reçoit à la fois la plénitude et la paix. Il y a également ici un enseignement éducatif pour les enfants, de génération en génération : « à lui et à sa descendance après lui ». Les enfants apprendront qu’il faut vivre selon la vérité — celle que l’âme exprime — et ignorer toutes sortes de choses qui freinent l’homme et le mènent au manque. Il faut simplement faire l’effort, se dévouer, et parvenir à la plénitude.




