Imaginez-vous transportée 3800 ans en arrière dans le désert de Béèr Chéva’. Comme toutes les personnes de la région et même du monde entier, vous avez entendu parler du célèbre Avraham et de sa femme Sarah. Ce couple extraordinaire qui accueille toutes les personnes en itinérance dans le désert pour leur offrir l’hospitalité et leur prodiguer la foi. Vous demandez aux personnes de la région où se trouve leur tente et ils vous indiquent tout naturellement le chemin, comme à des milliers de personnes qui leur ont déjà posé la question avant vous… Et là, vous arrivez à destination… Leur tente étant ouverte des quatre côtés du monde, on peut s’y rafraîchir, s’y restaurer et même venir s’y reposer quelques jours. [1]

Cependant vous remarquez un fait étrange : il se trouve une nuée en permanence au-dessus de leur tente, c’est d’ailleurs ce qui permet à toutes les personnes de repérer la tente au loin ! Autre fait curieux, les bougies que Sarah avait allumées le vendredi soir précédent restaient allumées pendant plusieurs jours sans se consumer ! Et enfin, la pâte qu’elle avait pétrie avec quelques poignées de farine lui a permis de servir des pizzas (!) à une centaine de personnes attablées comme vous, et qui sont venues rencontrer le célèbre couple Avraham et Sarah pour bénéficier de leurs enseignements extraordinaires. [2]

Puis, quelque temps après, vous revenez dans ce même lieu pour célébrer le mariage de Its’hak, le fils d’Avraham, avec Rivka. Mais vous constatez que toutes ces “bizarreries” ont disparu. Que s’est-il passé ? Sarah est morte il y a quelques années et, depuis, tous ces miracles se sont arrêtés… Et là, fait extraordinaire, dès qu’Its’hak passe le pas de la porte avec sa jeune mariée, la nuée réapparaît, ainsi que les deux autres miracles.

D’où venaient ces miracles ?

En fait, Rivka, comme Sarah, excellait dans l'accomplissement des trois Mitsvot réservées aux femmes : l’allumage des bougies de Chabbath, le prélèvement de la ‘Halla, et la pureté familiale. En récompense de ces trois Mitsvot, elle méritait les trois miracles mentionnés : ses bougies restaient allumées de semaine en semaine, sa pâte prenait une ampleur miraculeuse, et la nuée était présente en permanence au-dessus de la tente.

Certes, on comprend que la nuée disparaisse puisqu’elle est liée à la pureté familiale, mais pourquoi le miracle des bougies n’a pas persisté après la mort de Sarah ? Avraham les allumait sûrement ! Et le miracle de la pâte ? Pourquoi a-t-il disparu ? Avraham préparait sûrement du pain ! Pourquoi est-ce seulement avec l’arrivée de Rivka que ces miracles ont réapparu ?

Selon nos Sages, quand un homme et une femme se marient, ils font un partenariat. Le rôle de l'homme est d’amener les matières premières afin que son épouse les raffine [3]. La tâche de l’homme est d’aller chercher des matières brutes, afin de les transformer vers un but Kadoch, saint. Or, la sanctification de matière est le rôle de la femme, et cela se reflète dans les trois Mitsvot de la femme juive.

En allumant des bougies de Chabbath, elle apporte de la lumière chez elle, c’est-à-dire qu’elle imprègne son foyer de spiritualité. Le Maharal explique que quand une femme allume les bougies de Chabbath, elle rallume l’intensité des Néchamot, des âmes qui se trouvent dans son foyer.

Le Mikvé vient sanctifier le couple. En effet, la Kédoucha (sainteté) dans le couple, nous disent nos Sages, vient de l’amour qu’ils se portent l’un à l’autre dans l’intimité. Or, grâce à la période d’éloignement physique, le couple est amené à développer un amour profond, basé sur la bonne entente et la complicité. Ce sont ces sentiments d’amour qui vont sublimer la relation intime et leur apporter de la Kédoucha.

En prélevant la ‘Halla, la femme s’exerce à mettre du divin dans la matière. Comme l’explique le Ohel Ra’hel, la Mitsva de prélever la ‘Halla nous éveille à mettre de la spiritualité dans notre cuisine, mais aussi dans tous les actes quotidiens de notre maison. Et finalement, cette Mitsva encourage la femme juive à faire entrer de la Kédoucha dans tous les domaines de son foyer !

Les miracles vécus par Sarah, puis à son tour par Rivka, représentent la capacité de la femme d’apporter de la Kédoucha dans le monde et d’étendre cette sainteté au-delà des frontières de leur propre maison. Avraham, bien qu’étant d’une stature spirituelle immense, ne pouvait pas y arriver sans Sarah. Quant à Its’hak, il va y parvenir grâce à Rivka.

Paradoxalement, cette Paracha qui s’appelle “La vie de Sarah” commence par nous parler de la mort de Sarah. Sûrement parce qu’après sa mort, son influence est encore plus évidente que de son vivant. En effet, la tente de Sarah est en fait encore présente dans toutes les maisons juives. Même si nous ne voyons pas littéralement ces miracles dans nos maisons, leur pouvoir spirituel, leur chaleur et leur illumination demeurent encore. En fait, lorsque Sarah a allumé les bougies, la lumière de ses bougies ne s’est pas simplement maintenue de Chabbath en Chabbath, mais de génération en génération, et continuera encore de briller pour l'éternité.

Quant à nous, nous pouvons être fières de reprendre ce flambeau éternel !

[1] Midrach Rabba sur Béréchit (21,33) : Avraham a planté un bouquet à Béèr Chéva’. Le mot “bouquet” en hébreu se dit “Echel” qui est l'acrostiche de “Okhèl, Chtiya, Lina” : Avraham mettait à disposition des passants de la nourriture, des boissons et des chambres.

[2] Rachi sur Béréchit (24,67) : Aussi longtemps que Sarah était en vie, une lumière était allumée de chaque veille de Chabbath à la suivante, la pâte qu’elle pétrissait était bénie, et une nuée était fixée au-dessus de la tente. Tout cela a cessé à sa mort, pour reprendre à l’arrivée de Rivka.

[3] Yébamot 63a : L’homme ramène le blé, mais la femme le transforme en farine. L’homme ramène le lin, mais la femme confectionne des vêtements.