Dans la Parachat Béhaalotékha, il est raconté : « Il y eut des hommes qui étaient impurs à cause d’un mort, et ils ne pouvaient pas offrir le Korban Pessa’h ce jour-là, et ils se présentèrent devant Moché et devant Aharon » (Bamidbar 9:6). De quoi s’agissait-il ? Le Midrach explique que Michaël et Elitsafan s’étaient occupés de l’enterrement de Nadav et Avihou, les fils d’Aharon. Ils étaient donc devenus impurs et ne pouvaient plus célébrer Pessa’h au moment prescrit.

Ces hommes se rendirent devant Moché Rabbénou et dirent : « Pourquoi serions-nous lésés ? Parce que nous sommes impurs, devrions-nous être différents du reste du peuple d’Israël ? Tous auront le mérite d’offrir le sacrifice pour Hachem et pas nous ? » Moché Rabbénou leur répondit : « Tenez-vous prêts, et j’écouterai ce qu’Hachem ordonnera à votre sujet ». Il annonça qu’il allait interroger Hachem et attendre Son ordre. Finalement, Hachem décréta qu’ils pouvaient célébrer Pessa’h Chéni et ils eurent le mérite qu’à partir de leur requête, soit instaurée une nouvelle fête – Pessa’h Chéni.

Rachi commente à cet endroit : « Cette section aurait dû être dite par Moché, comme toute la Torah, mais ceux-là ont mérité qu’elle soit dite par leur intermédiaire, car le mérite est transmis au travers d’un homme méritant ». Rachi explique ici qu’il y a une exception notable. Toute la Torah fut transmise par l’intermédiaire de Moché Rabbénou. Et pourtant, celle de Pessa’h Chéni n’a pas été instaurée par lui. Pourquoi donc ? La raison, explique Rachi, tient précisément au mérite de ces hommes impurs – car le mérite se réalise par un homme méritant.

Quelle est la signification de l’expression : « Le mérite est transmis au travers d’un homme méritant » ? La Guémara (Soucca 25) enseigne que ces hommes qui étaient impurs à cause d’un mort étaient en réalité ceux qui avaient transporté le cercueil de Yossef. Étant donné qu’ils s’étaient investis à l’époque en faveur d’un Met Mitsva (un mort sans proches), à savoir le cercueil de Yossef, il fut décrété que par leur biais, serait instituée dans notre Paracha une nouvelle Mitsva : ils seraient précisément ceux qui deviendraient impurs et ne pourraient pas offrir le sacrifice de Pessa’h à la date habituelle, ce qui aboutirait à la création d’une fête spéciale – Pessa’h Chéni – pour ceux qui se trouvent dans leur cas.

Mais c’est là quelque chose de surprenant ! Y aurait-il quelqu’un de plus méritant que Moché Rabbénou, pour que ce nouvel enseignement de la Torah ne soit pas transmis par lui ? Moché, maître de tous les prophètes, n’aurait-il pas dû être celui par qui cette fête aurait été instaurée ? Serait-il possible que Michaël et Elitsafane soient plus grands que Moché Rabbénou ? En quoi leur mérite était-il si particulier pour que cette Paracha leur soit attribuée ?

Voici une explication remarquable à ce sujet. Hachem avait ordonné à Moché : « Parle maintenant aux oreilles du peuple, et qu’ils demandent chacun à son voisin et chacune à sa voisine des objets d’argent et des objets d’or » (Chémot 11:2). Ce commandement consistait à prendre le plus possible de biens matériels des Égyptiens avant la sortie d’Égypte. C’était une grande Mitsva, assortie d’une récompense importante, et chacun aspirait naturellement à l’accomplir - elle permettait non seulement d’accomplir la volonté Divine, mais aussi d’en retirer un bénéfice matériel important. Et en effet, tout le peuple s’y adonna, comme il est dit : « Ils dépouillèrent l’Égypte » (Chémot 12:36). Le peuple comprit que lorsqu’ils entreraient en terre d’Israël, chacun serait jugé selon sa richesse ; plus on aurait de biens, plus on aurait de prestige et d’importance aux yeux de la collectivité.

Mais deux personnes ne s’intéressèrent pas à tout cela. L’argent et les possessions ne les attiraient pas. Elles aussi voulaient accomplir une Mitsva - mais une Mitsva difficile, exigeante, que peu étaient prêts à entreprendre. Cette Mitsva était de prendre en charge le cercueil de Yossef et de s’occuper de son enterrement. Ils décidèrent d’y consacrer leur énergie, renonçant à tout l’or et l’argent pour accomplir cette sainte mission.

Et si l’on venait à leur demander : « Mais que ferez-vous une fois arrivés en terre d’Israël ? », ils auraient simplement répondu : « Hachem nous aidera et pourvoira à nos besoins ». Car ils avaient renoncé à tout l’argent et à tous les biens matériels pour accomplir la parole de D.ieu, et ils l’avaient fait avec joie et abnégation. Hachem déclara alors qu’ils méritaient une récompense. Et quelle récompense ? Une Paracha entière de la Torah inscrite en leur nom. Nous apprenons ici un principe fondamental : parfois, un homme renonce avec abnégation à quelque chose qui lui est très cher, un bien auquel il tient profondément, par amour pour Hachem, et Hachem le lui rendra au centuple.

On raconte l’histoire d’un agent immobilier modeste de Ramat Gan, un Juif craignant D.ieu, qui travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille. Il traversa une année extrêmement difficile, comme la plupart des commerçants qui perdirent beaucoup d’argent à cause des restrictions liées au coronavirus. Nombreux furent ceux qui firent faillite. Lui aussi fut touché de plein fouet : il ne réalisa plus aucune affaire, ni aucune transaction. Pendant près d’un an, il ne conclut même pas une seule vente, pas même un petit appartement. Il n’avait plus un sou en poche, et accumula des dettes s’élevant à cent mille shekels. Il contracta des prêts pour subvenir aux besoins de sa famille tout au long de l’année, mais il plaçait toute sa confiance en Hachem et ne s’inquiétait pas.

Au début du mois de Nissan, il reçut un appel au bureau d’un riche Juif, originaire de Chypre, qui lui dit : « J’ai besoin d’un appartement. Mais pas n’importe lequel : je veux une grande villa à Ramat Gan. Il faut que ce soit un bien exceptionnel, avec une vue qui ouvre le cœur. Je te le demande : tu habites la ville, tu es un professionnel du domaine, et moi je suis un homme d’affaires qui n’a pas beaucoup de temps libre. Je suis prêt à venir en Israël du vendredi matin au dimanche soir. Prépare une liste d’appartements à visiter. Mon budget est de huit millions de shekels ». L’agent immobilier fut rempli de joie. Enfin, après une année entière sans affaires, un client sérieux se présentait, et avec l’aide de D.ieu, il allait pouvoir gagner une belle somme. Il se mit à préparer une liste d’une douzaine d’appartements, et ils convinrent de se retrouver vendredi matin pour les visiter les uns après les autres.

Vendredi matin, à huit heures, le riche Juif de Chypre appela l’agent immobilier pour lui dire qu’il aurait un léger retard. Il avait encore quelques affaires à régler à Chypre et ne pourrait arriver que dans l’après-midi. L’agent lui répondit : « La Halakha enseigne que celui qui travaille le vendredi après-midi ne verra pas de bénédiction. Je ne m’occupe pas d’affaires à cette heure-là ; je veux que ce que je fais porte ses fruits. Jusqu’à midi, je suis disponible, mais après, je ne pourrai pas t’accompagner ».

Le riche s’emporta : « Tu crois être le seul agent immobilier ? Il y en a plein d’autres en ville, je me tournerai vers eux ». L’agent lui répondit calmement : « Celui qui pourvoit à la subsistance, c’est Hachem. Il ne Se soucie pas de ce que gagnent les autres agents immobiliers pour me donner de l’argent. Je suis certain que si je ne travaille pas le vendredi après-midi, j’aurai la bénédiction ». Et la conversation s’acheva ainsi.

Dimanche matin, l’agent immobilier rappela ce riche pour savoir s’il avait trouvé la maison tant désirée. Le riche répondit qu’il cherchait encore : « J’ai contacté d’autres agents, et (que D.ieu nous en préserve) ils m’ont montré plusieurs appartements… pendant le Chabbath ». Il énuméra la liste des biens visités, et l’agent constata qu’il s’agissait exactement des biens qu’il avait lui-même préparés. « Et alors, aucune ne t’a plu ? » demanda-t-il. Le riche répondit : « Je vais te dire la vérité : aucune n’a touché mon cœur. Ce n’est pas cela que je cherche ».

Soudain, une idée vint à l’esprit de l’agent, et il dit au riche : « Je connais un Juif américain qui vit la plupart du temps aux États-Unis. Depuis presque deux ans, il essaie de vendre son appartement. Il s’agit d’un bien magnifique, qu’il souhaite vendre pour douze millions de shekels. Je vais tenter de le joindre, peut-être qu’il acceptera de baisser le prix. Si de ton côté tu acceptes de faire un effort, peut-être qu’avec l’aide de D.ieu, on pourra organiser une visite. Je vais vérifier s’il est en Israël ». Il appela ce Juif américain et lui dit : « Chalom oubrakha, comment allez-vous ? Je vous appelle au sujet de votre appartement. Où êtes-vous en ce moment ? » Le riche répondit, à la surprise générale : « Je suis arrivé en Israël vendredi et je repars dans quelques heures pour les États-Unis ». L’agent, stupéfait, lui dit : « J’ai ici un acheteur intéressé par un appartement comme le vôtre. Cela vous intéresse-t-il ? » Le riche répondit avec empressement : « Bien sûr ! J’ai un besoin urgent d’argent ». Et il ajouta : « Je suis prêt à baisser le prix, de douze millions jusqu’à neuf s’il le faut, l’essentiel est que l’appartement soit vendu ».

En vingt minutes à peine, le courtier, le riche Américain et le Juif de Chypre se retrouvèrent ensemble dans l’appartement. Le courtier avait pris soin de prévenir l’acheteur chypriote de ne pas trop manifester son enthousiasme, de peur que cela ne fasse grimper le prix. Ils entrèrent dans l’appartement, et le riche de Chypre découvrit un salon spacieux et élégant, un grand balcon bien entretenu avec une vue à couper le souffle qu’il n’avait jamais vue de sa vie, de larges fenêtres et de magnifiques lustres. Tout était splendide. Il garda ses pensées pour lui, mais le courtier percevait déjà son excitation.

Au bout de deux minutes à peine, le Juif de Chypre déclara : « C’est cet appartement que je veux ». L’Américain lui demanda alors : « Dis-moi, combien es-tu prêt à payer pour cet appartement ? » Le riche répondit : « Huit millions et demi ». L’Américain dit : « Au lieu des neuf millions que je demandais, concluons à huit millions sept cent mille. Tu es d’accord ? » Le Juif de Chypre répondit : « Oui ! » Et ainsi, ils se serrèrent la main en se souhaitant Mazal Tov. Ils se rendirent ensuite immédiatement chez le courtier et conclurent l’affaire. Chaque partie lui versa deux pour cent, soit plusieurs centaines de milliers de shekels en une seule transaction. Incroyable ! Et d’où vient une telle bénédiction ? Grâce à une seule chose : cet homme ne s’est pas laissé tenter par l’argent ou d’autres intérêts si cela impliquait d’agir d’une manière qui ne convient pas à quelqu’un qui respecte la Halakha. Il a tenu à accomplir les Mitsvot. Lorsqu’il n’y a pas de bénédiction à un moment donné, alors on n’agit pas, et c’est précisément ainsi qu’on mérite une véritable bénédiction.

Vit à Bné Brak un Juif de grande valeur du nom du Rav Pin’has Shreiber, et l’histoire qu’il raconte est véritablement prodigieuse. Son épouse est une Ganenet, et lui est Avrekh dans un Kollel. Ils avaient une aide à domicile qui s’occupait de leurs quatre enfants. Cette femme était mariée depuis presque quinze ans sans avoir eu d’enfants. Elle entendit parler d’un grand spécialiste, réputé pour avoir aidé nombre de couples à avoir des enfants. Le premier rendez-vous disponible n’était que dans six mois, et n’ayant pas d’autre choix, elle le réserva…

Et voici que le jour tant attendu arriva. Le rendez-vous était fixé à 8h30 du matin à Tel-Aviv. À huit heures précises, l’aide-ménagère appela la maîtresse de maison et lui dit : « J’ai un rendez-vous médical très important ce matin. Cela fait six mois que je l’attends. J’aspire tellement à avoir des enfants… Pensez-vous pouvoir vous débrouiller sans moi aujourd’hui ? » La maîtresse de maison lui répondit : « Je suis moi-même Ganenet, je dois me rendre au Gan, et mon mari est un Avrekh qui étudie au Kollel. Si vraiment nous n’avons pas d’autre choix, il restera à la maison. Réfléchis bien et fais comme tu le souhaites ; tu n’es pas obligée de renoncer à ton rendez-vous pour nous ».

Que fit cette femme pieuse ? Elle était face à un choix extrêmement difficile. En une seule décision, elle pouvait mettre fin à des années de solitude et espérer tenir enfin un enfant dans ses bras… ou bien renoncer à tout cela pour permettre à un Avrekh de poursuivre son étude de la Torah. Elle choisit de renoncer à son rendez-vous et, avec une abnégation totale, elle vint garder les enfants. Ce fut pour elle un véritable sacrifice.

Elle essaya ensuite de reprendre un rendez-vous, et on lui en fixa un autre dans quatre mois. Mais écoutez bien : un mois et demi après avoir annulé le premier rendez-vous, le second fut également annulé… car elle tomba enceinte naturellement, sans aucun traitement, uniquement par la main de Hachem.

Et ce n’est pas tout : il s’avéra rétrospectivement que si elle avait consulté le spécialiste et reçu un traitement médical, il est fort possible que ce traitement aurait compromis la grossesse toute récente qui venait de commencer… et qui sait si elle aurait pu concevoir à nouveau ? On apprend d’ici qu’une personne qui se sacrifie pour la Torah et les Mitsvot n’en sortira jamais perdante ; bien au contraire, elle sera bénie au-delà de toute attente.

C’est exactement ce qui s’est passé avec les hommes impurs de notre Paracha. Quel fut leur mérite ? Après tout, ils ne firent que s’occuper d’un Met Mitsva. Pourtant, ils renoncèrent avec abnégation à de nombreux biens matériels pour respecter la parole de D.ieu. Leur sacrifice fut grand, et c’est pourquoi ils méritèrent qu’un passage entier et une fête complète soient établis en leur nom. C’est pour cela que Rachi dit : « Le mérite est transmis au travers d’un homme méritant ». Lorsqu’une opportunité de mérite se présente, il faut la saisir, même - et surtout - si elle demande des concessions ou un grand effort. Car c’est précisément ce genre d’actes qui mènera l’homme à une bénédiction dans ce monde-ci… et dans le monde à venir.