Les épisodes relatés dans la paracha de cette semaine nous donnent l’opportunité de revenir sur certains concepts fondamentaux qui permettent à l’homme de connaître le bonheur dans ce monde, conformément à la volonté de D.ieu.

Après avoir assisté à la création du monde dans la paracha de Béréshit, nous assistons cette semaine à sa destruction, ainsi qu’à sa renaissance. Lorsque Noah et ses enfants quittent l’arche, ils découvrent, à nouveau, émerveillés, le spectacle fabuleux de la création. Ils contemplent chaque détail de l’œuvre d’Hashem : les arbres, les fleurs, les mers, le ciel, et bien sûr l’harmonie apaisée qui s’en dégage. Ils conçoivent alors un puissant sentiment de gratitude vis-à-vis de l’Eternel, car ils comprennent que toute cette création est destinée à l’homme et à son bonheur. Aussi Noah’ offre-t-il immédiatement des sacrifices à Hashem en signe de gratitude.

Dans son ouvrage consacré au bonheur, The fragrance of life, le Rav Avigdor Miller encourage chacun d’entre nous à garder toujours en tête deux principes fondamentaux. Le premier consiste à ancrer dans nos cœurs que toute la création n’est, bien sûr, pas apparue spontanément mais a été créée par Hashem jusque dans ses moindres détails. Le deuxième principe consiste à être convaincu que le monde est un cadeau d’Hashem destiné à donner du plaisir aux hommes.

Fort de ces deux principes, l’homme est susceptible de ressentir une gratitude profonde envers le Maître du monde qui a créé un monde porteur de tant de merveilles. Il est vrai que, par habitude, nous ne prêtons parfois plus suffisamment attention aux spectacles splendides que nous offre le monde. Mais prenons un peu de recul, qui ne s’est jamais émerveillé devant un coucher de soleil ? devant une vue à « couper le souffle » ? ou tout simplement devant une « fleur » ?

Un grand décisionnaire du vingtième siècle, Le Chazon Ish, confiait qu’il lui était difficile d’admirer trop longtemps une fleur. En effet, son spectacle faisait naître en son cœur une infinie et bouleversante gratitude envers leur Créateur, et lui rappelait avec force Son infinie bonté.

De même, le Rav Don Segal, un grand maître du vingtième siècle, rappelait que, lorsqu’il était jeune, il avait été réprimandé par un de ses maîtres pour ne pas avoir prêté suffisamment attention aux fleurs qui poussaient près de leur chemin, et ne pas en avoir puisé une opportunité de mesurer la bonté d’Hashem à cette occasion.

Et que dire du Haftez Hayim, qui s’était isolé un moment dans la forêt près de Radin un jour de Rosh Hashana afin de ressentir concrètement l’amour et la crainte d’Hashem. « Sans observer les merveilles dont Hachem est l’auteur, il est impossible de ressentir de telles émotions » considérait-il.

Et, comme le note le Rav Miller, il ne suffit pas de dire « Merci » pour les belles roses, mais il faut prendre le temps d’observer les détails de chaque rose : leur jolie couleur, la finesse de leur pétales, la symétrie de leur agencement ; et, de même, pour les iris, les pivoines… Comment rester insensible à ces merveilles ! Pour ne parler que des fleurs ! Que dire des bébés, des enfants …

Il est vrai que nos yeux et notre sensibilité sont émoussés par la force de l’habitude qui banalise l’extraordinaire. Mais pour Noah et sa famille qui avaient été enfermés dans une arche durant une année, craignant que le monde ne fût totalement détruit et ne retrouver qu’une terre de désolation, le spectacle de la nature était extraordinaire, chaque détail leur apparaissait avec force, ils étaient transportés par cette vision et cette perception de l’infinie bonté du Créateur présente dans la nature.

C’est ainsi que Noah décida d’élever un autel et d’offrir des sacrifices au Maître du monde. Ces derniers ont été agréés par Hashem, et notre texte nous dit « L'Éternel sentit la délectable odeur, et il dit en son cœur : "Désormais, je ne maudirai plus la terre à cause de l'homme » (Béréshit 8.21).

Une fois de plus, nous constatons que le texte de la Torah a recours à des anthropomorphismes pour désigner l’Eternel, en lui attribuant des attitudes ou qualités propres aux hommes, tels que « sentir », « dire dans son cœur » … Il s’agit là d’un phénomène récurrent dans la Torah et notamment dans le livre de Béréshit et qui donne lieu à de nombreuses interprétations chez nos Sages.

Mentionnons le sens donné à ces métaphores par le Rav Elie Munk « Le danger de percevoir la Divinité sous une forme corporelle est bien moindre que celui de réduire, par voie de spéculations philosophiques, l’être suprême à une notion abstraite, transcendante et métaphysique » (La voix de la Torah).

Et de fait, l’homme est menacé par l’écueil suivant : mettre D.ieu à distance, considérer que notre relation à l’Eternel est lointaine, qu’elle ne relève pas de la sensibilité mais simplement d’une observance à un code de lois. Or, il n’en est rien. Comme nous le disent nos Sages, « D.ieu recherche le cœur de l’homme », et Il souhaite établir avec chacun d’entre nous une relation sensible, pleine, riche, étroite, et non être appréhendé uniquement à travers des spéculations philosophiques abstraites.

Aussi, la Torah a recours à dessein à des anthropomorphismes qui évoquent D.ieu à travers des attributs que les hommes peuvent comprendre : la satisfaction, la désapprobation, la colère, la joie, l’amour, la patience… L’objectif de ces métaphores est de permettre à l’homme de développer une relation émotionnelle avec Hashem, comme nous le ferions avec un être qui nous est cher.

Nous savons combien nous pouvons exprimer notre reconnaissance avec insistance et sincérité à tous ceux qui nous offrent des cadeaux ou sont bienveillants à notre égard. Nous devons précisément agir (au moins) de la même façon avec l’Eternel qui nous inonde chaque seconde de « cadeaux » gratuits et désintéressés.

Cet exercice d’éveil aux « bontés d’Hashem » qui jalonnent notre existence, associée à l’expression d’une sincère gratitude, est de nature à changer la vie, accroître notre bonheur quotidien, et ouvrir de nouvelles perspectives dans notre relation à l’Eternel !