Femme de terrain, fougueuse, indépendante, n’ayant jamais fréquenté les grandes écoles, Françoise Giroud "se fera" toute seule. Passant de script-girl à rédactrice en chef du magazine Elle, elle sera la cofondatrice de L’Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, pour enfin se diriger vers la politique.

Sous le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974, elle deviendra secrétaire d’État à la Condition de la Femme, bureau créé sur mesure pour elle par Giscard. 

Ca s’est passé un 21 septembre 1916… Naissance de Françoise Giro     


Une anecdote la définit à merveille. Au Sénat, un élu impertinent et suffisant l’interpella, pour l’humilier, en lui demandant de quelle « École » elle était sortie.
Elle lui répondit du tac au tac : « De l’école de la vie, cher Monsieur. »
Et quelle vie… !!
Pas moins mouvementée que les scénarios des films sur lesquels elle travaillait.


Mais sa carrière, ses succès (la classe dirigeante tremblait chaque semaine à l’approche de la publication de son éditorial dans L’Express) et ses drames personnels cachent un abîme identitaire qui remonte à l’Occupation.

Françoise et sa mère réussirent alors à obtenir de faux papiers et un faux certificat de baptême, ce qui les protégea en leur donnant une identité « aryenne » et catholique.

Sa mère, en 1942, lui fit jurer de ne jamais dévoiler sa judéité, alors que les persécutions et les rafles contre les Juifs menaçaient de toutes parts.
Françoise, obéissante, refoulera donc ce secret toute sa vie et sera sans cesse dans le déni identitaire, l’évitement du sujet, tentant d’effacer cette « lourde hérédité ».


Les Confessions

Un soir de 1988, dans le salon de son appartement, elle appela son petit-fils, Nicolas, et lui confia :
« Moi, ta grand-mère, je suis née juive. Pour te dire cela, je dois rompre un serment fait à ma mère pendant la guerre. »

Cette révélation, pour le moins explosive et bouleversante, aura pour son petit-fils des répercussions telles qu’il entreprendra sa propre trajectoire spirituelle.


Dans les dernières années de sa vie, celle qui fut le symbole de « la femme libérée » dans la France giscardienne, écrira une biographie au titre bien symbolique : Les Taches du léopard.

Peut-on refuser nos « taches » de naissance ?
Le temps n’est-il pas arrivé de les reconnaître et de les accepter ?


Nicolas, son petit-fils et fils du comédien Robert Hossein, qui deviendra Aharon, à qui elle aura dévoilé son secret, fera le chemin inverse de celui de sa grand-mère.
Là où elle voulait cacher, il ira chercher.

Tant et si bien qu’il deviendra rabbin et mettra au centre de sa vie et de ses activités l’identité juive : la sienne et celle de son peuple.

Il choisira d’assumer et de transmettre ce judaïsme défendu, qu’on avait en vain tenté d’étouffer.


Léa Gourdji, alias Françoise Giroud, sans le vouloir, à force d’occulter son identité, l’aura fait resurgir chez sa descendance, plus lumineuse et authentique que jamais.
C’est peut-être là, la plus belle réussite de sa vie.
Car qui se souvient encore des éditoriaux de Madame Françoise Giroud… ? 

Ca s’est passé un 21 septembre 1916… Naissance de Françoise GiroÇa s’est passé un 21 septembre 1916… Naissance de Françoise Giro