L’une des épreuves les plus difficiles à supporter ici-bas, est celle de l’injustice.

Elle mord le cœur et la chair, ne laisse pas de répit à l’âme, questionne et interroge sans cesse l’esprit, et peut même faire perdre la raison tant elle bouleverse notre équilibre moral. Car structurellement, chez l’homme, la notion de faire le bien est liée à une récompense, et celle de l'accomplissement du mal, à la punition.
Le contraire est inconcevable.


Alors, comment gérer une injustice qui nous serait faite, sans besoin de psy, de séances d’hypnose ou de calmants, sans chercher l'apaisement dans la vengeance ou la déprime ?

La Bible, exemple à l’appui, vient nous le montrer... et comme à son habitude, de façon magistrale.


Yossef est un élu de D.ieu.
Tous les talents se sont penchés sur son berceau lors de sa naissance et l’ont doté de la perfection.

Yossef, gratifié d’une beauté sidérante (le Midrach raconte que les jeunes filles, lorsqu’il défilait dans les rues d’Égypte, grimpaient sur les murailles pour l’apercevoir), n’en joue pas. Son aspect extérieur fait uniquement écho à la richesse de son intériorité.

Il est en communion totale avec sa propre personne. Pas de décalage entre le paraître et l’être : Yossef, c’est l’homme abouti. Fond et forme.

12 ans de réflexion
Mais dans ce début de parcours presque trop idéal, alors qu’il doit devenir le principal héritier du Patriarche Ya’akov, un drame guette. Yossef va être brutalement projeté dans une épreuve qui va le tester dans son intime le plus profond.
Par deux fois, l’enfant prodige va se faire gifler par le destin, alors qu’il agit au mieux. La première, lorsqu’il écoute son père et se rend auprès de ses frères qui font paître leurs troupeaux. Ceux-ci complotent au sujet de sa mort et le jettent finalement dans un puits infesté de scorpions et de serpents.
Un enfant de 17 ans, issu de la famille la plus respectable qui soit, se retrouve seul au monde, exilé dans l’endroit le plus décadent du monde, parce qu’il a obéi à son père adoré.

La maîtresse de la maison dans laquelle il atterrit ne s’y trompe pas : c’est là un jeune homme tout à fait exceptionnel, et les astrologues lui prédisent même une descendance issue de lui.

Et vous, comment réagiriez-vous à une injustice flagrante…?!

Elle fera tout pour le séduire, et le Midrach fait l’inventaire des subterfuges que Lady Putiphara, femme de la noblesse et d’une grande beauté, utilisera nuit et jour pour le faire trébucher.
Yossef ne faute pas. Les tourments de cet adolescent devaient être surhumains, car c’est là qu’il recevra l’épithète de Tsadik (pieux).
Après cette épreuve monumentale qu’il surmonte héroïquement, il reçoit sa deuxième « récompense » : enfermé dans les geôles infâmes de Pharaon, faussement accusé par la Lady en question.

Deuxième "claque" retentissante.

Le jeune homme aura douze ans pour réfléchir au mal qu’on lui a rendu contre le bien qu’il a fait.

Comment aurions-nous réagi à sa place ?

En général, deux issues se présentent à l’homme lors d’une situation aussi injuste : la révolte ou la dépression.

Navigateur au long cours

Mais la force de Yossef, c’est d’avoir compris que le découpage tortueux de sa vie, les souffrances, l’iniquité qu’il subit, ont un sens mais qu’il ne peut le saisir dans le prisme du « ici » et du « tout de suite ».

Il réalise qu’il est un élément dans la marche de l’histoire et qu’une Main dirige son destin, aussi opaque soit-il.
Et en cela, Yossef est l’anti-'Essav, homme de l’instant, du tout de suite et maintenant, pour qui même une nourriture n’est perçue que par sa couleur extérieure (aadom, Haadom Hazé — le rouge des lentilles).

Le fils de Ra'hel, marathonien endurant, continue, lui, à croire que la réalité du présent n’est pas tout, qu’il faut parfois des années, des décades et même une vie pour comprendre un dessein.

Cette force, il l’a héritée de cette maman hors pair, qui elle-même a su faire taire son « maintenant », à savoir son union avec Ya’akov, au bénéfice de sa sœur…
Confiant en sa carte de route, ne perdant jamais le nord, Yossef navigue sur les mers les plus houleuses, sa longue-vue à l’œil, scrutant l’horizon. Il a compris que les événements le dépassent, qu’il ne domptera pas les vagues déferlantes qui s’abattent sur lui, mais qu’en baissant la tête, avec patience, à l’aide de boussoles parfaitement réglées, il atteindra le rivage.

Il faut juste tenir bon et reconnaître qu’il y a un Guide.

Hymne à tous ceux qui attendent

Difficile de comprendre comment le peuple juif aurait pu tenir son périple à travers l’Histoire sans cette étincelle héritée de Yossef.

C’est à cet homme hors du commun que nous devons la faculté de percer l’obscurité de l’Exil sans désespérer. Pas étonnant que ce soit lui qui parte en éclaireur sur la terre étrangère par excellence, l’Égypte.
Déterminé, traversant les crises sans perdre ses convictions, lui seul pouvait donner la réplique aux cyniques, qui n’ont de cesse de déclarer que c’est ici que ça se passe, et qu’on a 120 ans pour en profiter.
Il nous apprend qu’en fin de compte, le mal apparent qui nous est fait rentre dans un projet divin.
À quoi bon rancune et amertume puisque notre tracé, aussi sinueux soit-il, va immanquablement nous mener à bon port ?
Yossef dit à ceux qui cheminent à tâtons dans l’obscurité de leur prison que l’aube va pointer et que tôt ou tard, nous allons atteindre le rivage, au niveau personnel ou collectif.
Heureux sommes-nous, Yossef, d’avoir mérité un tel capitaine à notre vaisseau. La traversée peut maintenant commencer.

Et vous, comment réagiriez-vous à une injustice flagrante…?!