Si j'avais dit à mon arrière-grand-mère, qui lavait son linge à la rivière en Algérie, qu'avec ma machine à laver et mon sèche-linge, je pouvais venir à bout de quatre jours de lessive en quelques heures juste en appuyant sur deux boutons, elle aurait sûrement eu du mal à y croire. Et si je lui avais expliqué qu'au lieu de passer du temps à cuisiner, je pouvais simplement sortir mon téléphone, appuyer trois fois, et me faire livrer un repas chaud, elle aurait sans doute été tout aussi étonnée. Vous l'aurez compris, on vit une époque où notre confort quotidien dépasse de loin ce qui était imaginable autrefois. Cependant, ce confort moderne, ce "paradis" que l’on connaît, a aussi apporté son lot de nouveaux défis pour notre génération…
Même si notre qualité de vie s'est améliorée à bien des égards, nous devons maintenant développer et renforcer certains traits de caractère qui étaient moins sollicités auparavant, afin de mieux gérer les défis de notre époque. L’un d’entre eux est la patience. La patience, en hébreu, se dit Savlanout. Elle partage la même racine que le verbe Lisbol, qui signifie "souffrir". Eh oui, apprendre à attendre, cela nous coûte… D’ailleurs, selon le Or’hot Tsadikim, le manque de patience est une fâcheuse conséquence d’un ego surdimensionné.
Pourquoi l’impatience serait-elle si néfaste ?
Tout d'abord, il ne faut pas la confondre avec l'empressement, qui est un bon trait de caractère (la Zrizout), et qui consiste à accomplir les Mitsvot sans attendre.
L’impatience, en revanche, révèle un vilain trait de caractère : l’idée que tout nous est dû, et tout de suite ! Cette dictature de l’immédiateté nous empêche de nous soumettre à Hachem, d’accepter que parfois les choses ne se déroulent pas à notre rythme et qu’il faut apprendre à accepter la situation (même si cela peut nous "faire souffrir"). En réalité, cette acceptation nous aide à reconnaître que nous ne maîtrisons pas tout (et croyez-moi, on ne maîtrise RIEN, on a juste l’illusion de gérer).
Par exemple, si la caissière du supermarché est un peu lente, il est inutile de montrer de l’agacement : Hachem en a décidé ainsi. Si mon enfant a du mal à comprendre un problème de maths, je dois l'accompagner avec patience, prendre le temps de lui expliquer plutôt que de montrer mon exaspération. Finalement, on ne peut pas toujours changer les situations dans lesquelles on se trouve, mais on peut changer la manière dont on les appréhende et en sortir grandi.
Comment travailler sa longanimité dans un monde où l’immédiateté est devenue une norme ?
Je vous l’accorde, avec Amazon Prime, Wolt, les AirTags et Waze, l’environnement n’est pas idéal pour cultiver la patience… mais notre mérite n’en sera que plus grand.
La solution, selon Rav Wolbe [1] est d’aimer plus l’autre, d’aimer plus D.ieu car quand on aime, on se montre patient (une mère sait être patiente naturellement avec son bébé qui ne ne fait pas ses nuits, elle ne lui en “veut pas” ). Un autre moyen de se montrer plus patient est de développer sa modestie, de reconnaître que Hachem gère tout et que nous n’avons pas les commandes.
Le père de Ori Danino (un des otages tués à Gaza) a d’ailleurs fait ce constat : dans un monde où tout est si facile, immédiat… Il est encore plus difficile de voir la main d’Hachem. Pourtant, la pandémie de Covid-19 nous a montré à quel point nous ne maîtrisons rien. Alors, quand les choses ne vont pas dans notre sens, apprenons à réagir avec sérénité.
Je vais vous donner un exemple : récemment, une amie devait prendre un vol de Tel Aviv à Paris qui a été annulé à cause de la guerre. Cette perte de contrôle l’a profondément affectée, elle qui a l’habitude de gérer sa vie au millimètre près… Elle a essayé de "gérer" la situation en réservant un billet pour l'Espagne, mais ce vol a été retardé plusieurs fois. Finalement, elle a perdu son calme, s'est débattue et a cherché à acheter immédiatement un billet pour Athènes, Chypre, etc., en s'énervant avec de nombreuses personnes au passage. Toutes ses démarches se sont révélées vaines. Elle est finalement passée par l'Espagne avec quelques heures de retard, si bien que toute l'énergie et la nervosité qu'elle a déployées n'ont abouti à rien d'autre qu'à du stress supplémentaire.
Avant, on se moquait des caprices des stars, ces célébrités qui exigeaient des choses farfelues dans leur loge. Aujourd'hui, la nouvelle génération risque de tomber dans le même travers en exigeant tout, tout de suite !
Apprenons à rester patients, à accepter que nous ne contrôlons pas tout, et à savourer le fait de se laisser porter par Hachem…
[1] Rav Wolbe - Alé Chour - chapitre sur la colère
Inspiration : enseignements de Mme ‘Hanna Béhar (Travail des Middot, selon le Or’hot Tsadikim)




