Petite, je croyais au Père Noël.
Enfant, je laissais un petit bol de soupe pour le bonhomme rouge et je guettais, le nez collé à la fenêtre embuée, l’apparition miraculeuse d’un traîneau dans un ciel d'hiver, sans nuages et parsemé d'étoiles.
Je l'avoue, cette période de l'an, vibrait pour moi d’une aura merveilleuse : la neige, le sapin du quartier merveilleusement décoré, les travaux manuels de l’école où l’on découpait des flocons symétriques, les catalogues de jouets faisaient mes délices.
Et puis j’ai grandi. Et puis j’ai lu la Paracha Mikets.
Et puis j’ai eu ma fille. Et là, je me suis demandée : comment vais je transmettre une foi innocente, vraie, aussi intense que mon vécu d'alors, fait de magie et de mystère, mais en nos fêtes ?
Car soyons honnêtes : une toupie contre des rues aux guirlandes lumineuses, c’est un duel inégal. Ils ont réussi a rendre tout magique aux yeux de nos petits.
Alors on copie. On rajoute des cadeaux. On essaye d'être au niveau.
On veut émerveiller, sans toutefois trop trahir.
Non, le Père Noël n'est pas une ordure : pas besoin de le salir pour affirmer nos valeurs.
Mais doit-on rivaliser avec lui ?
Est-ce qu’on est là pour faire jeu égal avec une fête dont le héros est un vieux monsieur qui porte dans sa besace tout ce dont un enfant peut rêver ?
Et c’est là, dans ce moment de réflexion que je me dis : le miracle, c’est que ça brûle encore. Que ça résiste. Que ça traverse les âges, et les tempêtes, et les exils.
Dans la magie et l'imaginaire, peine perdue, on est battus à plate-couture.
Faisons donc dans un autre registre, à rebrousse-poil.
Les enfants s'identifient avec le "petit", le "fragile", le poussin qui s'avère en fin de compte le plus fort.
Jouons sur ce tableau, du quidam sobre et vulnérable, qui devient un héros.
Et alors je respire. Et je regarde ma fille allumer sa bougie.
Et je me dis : dans la durée, on est vraiment les meilleurs...




