La dépression post-partum ne définit rien de votre valeur en tant que mère. Elle ne veut pas dire que vous êtes faible. Ni que vous n’étiez "pas faite" pour avoir un enfant. Vous passez simplement une période difficile, de vulnérabilité, et vous avez besoin d’être soutenue et accompagnée.

Vous étiez persuadée que l’arrivée d’un bébé était "le plus beau moment d’une vie". Mais dans l’immédiat, vous êtes en train de pleurer après avoir interminablement bercé votre bébé. Vous vous demandez ce qui ne va pas chez vous. Et puis on vous dit de profiter, parce que "ça passe tellement vite". On vous félicite, on vous demande des photos, on vous parle de bonheur immense… Mais vous, vous regardez ce tout petit bébé en vous demandant comment vous allez tenir.

Quand ce n’est pas “juste la fatigue”

Après un accouchement, il est fréquent de traverser un baby blues. Vous vous retrouvez à pleurer "pour un rien", vous passez d’une émotion à une autre et vous vous sentez submergée. Alors un body impossible à fermer, bébé qui se remet à pleurer ou une remarque maladroite et hop, les larmes se mettent à couler.

En même temps, votre vie entière vient d’être bouleversée en quelques heures, votre corps est épuisé et les hormones vous jouent des tours. Pas étonnant de se sentir chamboulée. Mais cet état de baby blues passe au bout de quelques jours.

Par contre, la dépression post-partum, elle, ne passe pas, elle s’installe. Elle peut arriver à tout moment dans la première année qui suit la naissance du bébé. Elle peut se produire pour un premier enfant ou alors pour les naissances suivantes, même si la mère est expérimentée et que les précédents post-partum se sont bien passés (cela dépend de nombreux facteurs et du contexte de la naissance).

Là, vous avez l’impression d’être constamment "sous l’eau". Chaque tâche devient énorme. Vous vous réveillez déjà fatiguée. Le soir vous angoissez et redoutez la nuit à venir. Vous vous sentez écrasée par la responsabilité d’un si petit bébé. Vous n’arrivez plus à profiter de quoi que ce soit. Et puis il y a ce sentiment de vide à l’intérieur de vous. Le vide de ne plus savoir qui vous êtes, de ne plus vous reconnaître. Avant vous aviez des centres d’intérêt, des envies, maintenant toute votre énergie passe dans le fait de "tenir". Il y a aussi ces pensées et idées noires récurrentes, et comme un sentiment de distance avec votre bébé. Alors vous vous sentez coupables de ne pas ressentir ce fameux "amour immense" dont tout le monde parle. Vous vous dites : "d’autres y arrivent bien", "je devrais être heureuse", "je n’ai pas le droit de me plaindre". Vous avez peur d’être jugée et honte de ce que vous ressentez. Alors vous vous taisez.

Le silence aggrave la souffrance

Quand on traverse une dépression post-partum, on a tendance à s’isoler. Plus vous pensez que ce que vous ressentez est "anormal" et plus vous essayez de le cacher. Certaines mamans vont jouer un rôle : sourire, dire que "tout va bien", répondre que c’est "juste la fatigue". De façade, tout semble normal, le "job" est fait : les couches changées, les repas donnés, les rendez-vous pris. Mais à l’intérieur, c’est l’effondrement.

Vous pensez que ça finira forcément par passer tout seul. Vous laissez traîner votre mal, et plus vous vous isolez, plus vous allez mal. Pourtant, vous avez besoin d’aide, d’être accompagnée, de comprendre ce que vous traversez et ce qui vous angoisse. Il y a des professionnels formés et outillés pour diagnostiquer la dépression post-partum et soutenir les mamans en souffrance. Médecins, sages-femmes, psychologues… Ils peuvent vous aider et vous écouter sans minimiser, sans comparer, sans donner des conseils dans tous les sens. Pour aider à apaiser ce qui reste à vif et permettre de s’en dégager un peu. Car la grossesse, l’accouchement, et l’arrivée d’un bébé sont des périodes de grands bouleversements pouvant faire ressortir des fragilités, des traumatismes. Selon le contexte et la manière dont ils se sont passés et ont été vécus, ils peuvent être source de souffrance. Parfois aussi la dépression est sévère et s’accompagne de pensées plus sombres, d’idées noires et d’une impossibilité d’être en lien avec son bébé. Alors il y a une nécessité de prendre des traitements adaptés qui permettent temporairement de reprendre des forces pour guérir.

Le lien avec votre bébé peut prendre du temps

Peut-être que vous ne ressentez pas immédiatement cet amour inconditionnel qu’on voit partout dans les films ou sur les réseaux sociaux. Et que ça vous inquiète. Mais rassurez-vous, l’attachement n’est pas instantané. Il se construit à travers les habitudes, les regards, les moments du quotidien et même les nuits à bercer bébé. Pour certaines, ça peut prendre plus de temps que pour d’autres. Tout est à construire, dans les moments faciles comme dans le plus difficiles. Mais la dépression post-partum ne définit en rien votre valeur en tant que mère. Elle ne veut pas dire que vous êtes faible. Ni que vous n’étiez "pas faite" pour avoir un enfant. Vous passez simplement une période difficile, de vulnérabilité, et vous avez besoin d’être soutenue et accompagnée pour développer votre relation mère-enfant de manière plus sereine. Vous êtes juste une mère qui essaie de faire de son mieux alors que vous êtes déjà à bout de forces. Essayez de ne pas avoir trop d’attentes envers vous-même, ne vous fixez pas d’objectifs trop élevés, car plus vous vous mettrez la pression, plus vous culpabiliserez de ne pas y arriver.

Alors

Demander de l’aide n’est pas un échec. Au contraire c’est un premier pas vers un mieux-être. Être une bonne mère, c’est surtout savoir avancer même quand c’est difficile, oser solliciter un soutien pour soi et pour son bébé. Et en ressortir plus forte grâce au chemin et au travail accomplis.

La dépression post-partum n’est pas une fatalité. Même si, sur le moment, elle donne l’impression qu’on n’en sortira jamais, il y a un après dans lequel on va mieux. Il est possible de retrouver du lien, de la confiance et du plaisir dans la relation avec son enfant. Alors continuez de lever les yeux vers Hachem car au milieu de votre souffrance, vous n’êtes pas seule.

Orilia Korchia, psychologue clinicienne